Participation au projet « Elles »

par lydieraer


Elles Christophe Lecrenais

Photo de Christophe Lecrenais, prise dans le cadre du projet Elles.

Cette taille. Ces cicatrices. Ces jambes déformées. Cette cage thoracique légèrement proéminente.

Il y a aussi cette acné qui résiste à tous les masques, lotions, crèmes, antibiotiques et que j’arrive à peine à dissimuler avec du maquillage. Ce nez. Ces cheveux indisciplinés et puis…ces seins qui me donnent une allure aguicheuse dès j’ose le moindre léger décolleté.

Bref, j’ai l’acné d’une adolescente, les seins de Nabilla et la taille de Mimie Mathy (curieux patchwork en effet).  Néanmoins, ma taille réduite passe généralement inaperçue car je me déplace en fauteuil roulant systématiquement lorsque je suis en dehors de chez moi (j’ai la maladie des os de verre, et j’utilise le fauteuil afin d’éviter tout risque de chute, et donc de fractures).

Je n’ai pas un physique commun. Il fut un temps où j’aurais aimé mesurer ne serait-ce qu’un mètre cinquante, avoir un corps proportionné, et avoir des petits seins à la Lou Doillou. Non. Je n’aurais pas voulu être particulièrement belle. J’aurais voulu être une femme quelconque.

L’été dernier, j’ai eu vent d’un projet, dénommé « Elles », par l’intermédiaire d’un ami qui m’a demandé si cela m’intéressait d’y participer. Je suis allée jeter un coup d’œil sur la page facebook du projet (d’ailleurs, je vous enjoins d’y aller également et sur le champs et de cliquer sur « j’aime »). Mon regard a porté sur une série de photos représentant une jeune femme, une athlète paralympique à qui il manque un fémur (ou un tibia, bref, elle a une jambe plus courte que l’autre). Le handicap est bel et bien visible. Néanmoins, l’œil ne s’arrête pas sur cette partie du corps « hors norme ». On y voit uniquement une belle jeune femme, avec un beau visage, de belles formes et un regard espiègle.

Au départ, je n’étais pas partante pour participer à ce projet car cela était en rapport avec la femme et la beauté. La beauté… Pourquoi une femme doit-elle être systématiquement associée à la beauté? Cela signifie t-il que si on est moche ET handicapée c’est mal barré pour nous?

Quelques jours plus tard, je faisais du shopping avec une amie, chez Etam. Il se trouve que le rayon dédié à la lingerie se situait à l’étage, sans ascenseur (ben oui, qu’est-ce que vous croyez? Les femmes handicapées achètent leurs dessous chez La Redoute derrière leur écran d’ordinateur, voire n’en achètent pas du tout, car on ne va pas bien loin avec l’AAH). Néanmoins, j’ai tout de même grimpé les escaliers, fait quelques essayages… Au moment de passer en caisse, la vendeuse ne s’est pas adressé à moi mais à mon amie (ce qui n’est pas très logique car mon amie est plutôt du genre « planche à pain », donc la taille du soutien-gorge que j’achetais ne correspondait pas à sa morphologie). Réel malaise ou ignorance?

Cette petite aventure chez Etam a été une révélation. Il fallait que je contribue à ce magnifique projet qu’est « Elles ». En quelques mots, ce projet a été mis en place par l’AREFH (Association pour la Reconnaissance et l’Épanouissement de la Femme en situation de Handicap) dont le but est de combattre l’isolement des femmes en situation de handicap, leur redonner confiance, révéler leur potentiel, les accompagner dans les démarches dites « intimes » (gynécologie, achat de lingerie, rendez-vous en institut de beauté…). Le projet « Elles », qui est le premier projet ponctuel de l’association, tend à démontrer que les femmes en situation de handicap sont des femmes, singulières, capables de susciter du désir, non réduites à leur handicap. En pratique, ce projet consiste à réaliser plusieurs expositions photographiques représentant des femmes en situation de handicap, tantôt « chic », tantôt sexy… itinérantes à travers la France.

J’ai mis mon féministe (juste le côté sectaire bien sûr) de côté et j’ai pris contact avec la présidente de l’association.

En novembre dernier, j’ai participé à une prise de vue d’essai à Paris. Quelques jours plus tard, à la vue d’une photo, je suis tombée de haut. J’avais l’impression d’avoir sous mes yeux l’image d’une femme sortie d’un freak show. En effet, sur cette photo, j’étais debout, en porte-jarretelles (imaginez Mimie Mathy en porte-jarretelles, avec trente ans de moins, et des cheveux longs et bruns). Plus sérieusement, la petite taille et la féminité m’apparaissaient tout d’un coup incompatibles. Je me demandais comment les hommes avec qui j’avais eu des histoires avaient pu baiser un truc comme ça, d’un mètre trente-cinq. Je me trouvais grotesque. Une vrai naine, en porte-jarretelles, comme celles que l’on trouve dans les films pornos destinés aux devotee.

Lundi dernier, j’ai participé à une autre séance, dans ma ville, avec une autre participante dont je venais tout juste de faire la connaissance, et un photographe génial, qui participe bénévolement au projet. Deux jours plus tard, je suis tombée sous le choc. Pour la première fois de ma vie je me trouvais enfin…belle. Cette fois-ci je n’étais pas débout, mais étendu sur un lit, en nuisette, sur le dos. Mon handicap est invisible, ce qui est peut être regrettable. Néanmoins, je ne me suis plus demandé ce qui avait bien pu faire craquer mes conquêtes, dont mon copain actuel. En toute modestie.

Après mûres réflexions, j’ai décidé à ce que la photo où je ressemble à un personnage de freak show sera utilisée pour le projet. En effet, ma réaction démontre l’image préconçue que nous avons de la beauté féminine : silhouette élancée, cheveux longs, jeunesse, traits de visage réguliers… Dire que j’ai osé me qualifier d' »anti-conformiste » pendant toutes ces années.

J’espère que ce projet « Elles » interpellera tout d’abord le public sur l’image de la femme handicapée. Combien de fois n’ai-je pas entendu « tu es bien mignonne, MAIS c’est tellement dommage que tu sois en fauteuil ». Non. Ce n’est pas dommage. Pour rien au monde je n’échangerais mon « enveloppe corporelle » pour une autre (et si je perdais au change?). Mon handicap est une singularité comme une autre, au même titre que mon acné, mes seins, mes cheveux…

J’attends également que ce projet balaye les idées préconçues en ce qui concerne la sexualité des personnes handicapées, en l’occurrence des femmes handicapées. Non. Ce n’est pas une déviance sexuelle que de sortir avec une femme handicapée. Ce n’est encore moins synonyme de courage, de bonté d’âme…

Enfin, j’espère, de manière illusoire probablement, que ce projet changera cette vision étriquée, « photoshopée » de la beauté féminine, qui amène certaines femmes à commettre les pires inepties dangereuses pour ressembler à ce qu’elles ne seront jamais.

Voici le lien du site de l’AREFH, à consulter sans modération

http://www.arefh.org/

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