Les hommes aiment tout ce qui roule non?

par lydieraer


Pour moi, cela a toujours était une évidence que les personnes en situation de handicap pouvaient séduire des personnes valides. En effet, mes parents étant un couple mixte handi-valide, je n’ai jamais compris pourquoi le handicap était un frein à la séduction, à la vie sexuelle, à la vie familiale… Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours vu autour de moi des couples handi-valide, handi-handi et puis bien sûr valide-valide. Pour moi, il n’y avait pas de catégorisation. Il y avait des personnes qui s’aimaient, plus ou moins, certes.

En grandissant, j’ai progressivement observé que le handicap pouvait être une tare dans le domaine de la séduction. Ainsi, lorsque j’étais adolescente et que je parlais de mes premiers émois…une des premières questions qui venait à l’esprit de mes amis à qui je narrais mes péripéties d’ado pré-pubère était « Tu lui en as parlé de ton handicap? Cela ne le dérange pas? ». Pour moi, la réponse était évidente, c’était non. J’avais un fauteuil roulant pour me déplacer certes, mais pourquoi cela dérangerait les garçons? Ils aiment tout ce qui roule non?

Puis, la période de mes premières relations sexuelles est arrivée. Je n’ai pas eu trop mal à trouvé LE premier (je n’en dirai pas d’avantage, ma mère lit également ce blog…). Comme toutes les ados de mon âge, je n’ai pas pu garder cela pour moi trop longtemps…il fallait que je le dise à mes amis proches du moment. Il se trouve que j’ai reparlé de cela il y a quelques mois avec une amie. Elle n’avait pas osé me le dire à l’époque mais elle avait été choquée. Oui, choquée. Elle ne comprenait pas comment cela était possible. Elle croyait que cela m’aurait cassé. En y réfléchissant, j’imagine que d’autres personnes ont pensé la même chose, sans jamais me le dire. Bien que cela puisse paraitre impudique, je dois en parler. Il est nécessaire de briser ce tabou qu’est la sexualité des personnes handicapées, en particulier celle des femmes handicapées.

Tout d’abord, je tiens à affirmer que les hommes qui ont une relation avec une femme handicapée ne sont pas (tous) fétichistes. Certes, il y a bien des amateurs du genre, néanmoins j’imagine qu’ils ne représentent qu’une infime minorité (je l’espère car cela reviendrait à nous réduire à des femmes-objets). De même, un homme qui a une compagne en situation de handicap n’est pas non plus un saint qui fait preuve d’une bonté d’âme exceptionnelle.

Ensuite, je souhaite évoquer le cas des femmes handicapées n’ayant pas eu la possibilité de mener une vie affective et sexuelle à cause de leur handicap pour qui l’assistance sexuelle semble être la réponse la plus adéquate tant que la société ne sera pas plus inclusive. Contrairement à ce qu’avance la présidente de « Femmes pour le dire, femmes pour agir » Maudy Piot, un nombre non négligeable de femmes handicapées souhaiteraient bénéficier de l’assistance sexuelle. Oui Maudy, à l’instar des hommes, les femmes ont des besoins charnels. Je pense néanmoins que l’assistance sexuelle, que ce soit pour les femmes ou pour les hommes, ne peut être une solution pérenne. En effet, bien que je sois un brin trop utopique, je pense qu’il est essentiel de sensibiliser la population, en mettant ces femmes handicapées en avant afin de mettre fin à ces blocages concernant le handicap et la vie affective et sexuelle. C’est en cela que le projet Elles, dont je vous ai parlé dans un précédant billet, est intéressant car il vise à démontrer que les femmes handicapées sont des femmes à part entière.

En ce qui concerne ces blocages, il convient de les identifier.

Tout d’abord, il y a un blocage de la part du corps médical, ce qui, à priori, peut sembler surprenant. En matière de gynécologie tout particulièrement…combien de cabinets sont accessibles aux personnes handicapées? Hormis le côté logistique, il est important de relever que certains médecins font preuve d’une certaine étroitesse d’esprit. On pourrait même parler d’ignorance.

Ainsi, il y a trois ans de cela, je suis allée au planning familial de ma ville d’adoption afin de renouveler ma contraception. C’était la première fois que je voyais ce gynécologue, un homme. Tout d’abord, il me dit que ma maladie est transmissible avec 50% de chance (non, sans blague) et que je devrais faire attention à ne pas tomber enceinte pour ne pas transmettre ma maladie. Ensuite, il me demande de quel handicap est atteint mon ami de l’époque. Pour couronner le tout, il me montre comment enfiler une capote sur un pénis factice en plastique… De prime abord, cela est drôle car la situation est totalement surréaliste. Néanmoins, il convient de souligner que cela est vraiment consternant, voire déprimant. Comment espérer des gens une certaine ouverture d’esprit alors que même un médecin émet des inepties de la sorte? Je vous rassure, cela ne m’est arrivé qu’une seule fois.

Le blocage vient ensuite de la gente masculine elle-même (n’ayant pas d’amies handicapées et lesbiennes, je ne peux évoquer que les relations hétérosexuelles). En effet, pour certains hommes le handicap est synonyme d’impossibilité d’avoir des relations sexuelles. Bien que mon cas soit particulier car je suis atteinte de la maladie des os de verre, à plusieurs reprises il m’a été demandé, de manière plus ou moins délicate et plus ou moins franche si je pouvais faire l’amour, et certains hommes ont rebroussé chemin lorsqu’ils ont su que j’étais fragile. Le dernier épisode remonte à l’été dernier. J’étais en soirée, une amie fêtait son anniversaire. Il se trouve qu’il y avait un séduisant jeune homme. Certes, je savais tout de suite que je ne ferai pas ma vie avec lui. Néanmoins, on se plaisait mutuellement et j’avais envie de m’amuser…c’était l’été. Pendant toute la soirée, nous nous sommes cherchés jusqu’au moment fatidique…où il apprend ma maladie. Cinq minutes plus tard, Monsieur avait ses mains sur les fesses d’une autre fille. Pour me rassurer, je me dis que cela est un filtre pour ne garder que les bons… l’auto-persuasion ne dure qu’un temps. Je l’admets.

Enfin, le plus important, le blocage vient des personnes handicapées elles-mêmes! Combien de fois n’ai-je pas entendu « mais de toute façon, il ne s’intéressera jamais d’une nana comme moi » ou encore « écoute, c’est le seul qui m’accepte comme je suis, je le garde (même si je ne l’aime pas) ». Non les filles! Un peu de fierté! Ce n’est pas parce qu’on est handicapées que l’on a pas le droit d’avoir des exigences et que l’on doit se contenter de « ceux qui nous acceptent comme on est ». Il faut prendre de l’assurance et foncer, séduire… Nous sommes des femmes à part entière, singulières. Ce n’est pas un membre en moins, des membres qui ne sont pas opérationnels, une petite taille, une démarche fortement chaloupée…qui vont ôter notre charme (et nos envies). Bref, lâchez-vous et osez!

Souvenez-vous en, les hommes aiment tout ce qui roule (désolée pour celles qui peuvent marcher).

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