En immersion chez Adopteunmec : mission plan cul.

par lydieraer


Jeudi dernier, je me suis inscrite sur LE site de rencontre dont tous le monde parle : Adopteunmec. Le but de cette inscription était de voir si une jeune femme en situation de handicap pouvait facilement avoir, ce que l’on appelle de manière abrupte,  un « plan cul ».

Pourquoi un site de rencontre? Il se trouve que certaines personnes en situation de handicap n’ont pas toutes la possibilité de sortir aisément de chez elles, et que, les lieux où l’on a la possibilité de rencontrer de potentiels coups d’un soir sont rarement accessibles. De manière générale, beaucoup de personnes valides privilégient ce genre de site afin de prendre contact avec leurs potentiels amants, car il convient de préciser qu’il n’est pas évident de demander à quelqu’un que l’on vient de rencontrer dans la rue, dans un bar ou une boite de nuit « tiens, si on baisait? ».

Pourquoi le plan cul? Pourquoi pas? Pourquoi une femme en situation de handicap devrait-elle se contenter d’histoires sérieuses, romantiques? A l’instar des femmes valides, les femmes handicapées peuvent également, à un certain stade de leur vie, désirer cumuler les aventures sans lendemain, que ce soit pour acquérir de l’expérience, connaitre d’avantage son corps, par refus de s’engager, par besoin d’indépendance…

Ainsi, ma méthode consistait à discuter pendant quelques minutes, voire quelques heures avec des hommes, jusqu’à leur proposer une rencontre, où je leur explique que je suis atteinte d’un handicap. Il se trouve que dans 70% des cas environ, le handicap refroidit les ardeurs de ces messieurs. Par exemple, une personne m’a dit « oh tu sais, avec moi c’est violent  » (à l’attention de ceux qui n’ont pas lu mes précédents articles, je suis atteinte de la maladie des os de verre), un autre m’a clairement déclaré « je ne sais pas…je ne pense pas que cela va être possible ». Bien sûr, ne noircissons pas le tableau, il y a tout de même 30% de ces messieurs à qui le handicap ne fait pas peur (ou du moins, ils le cachent et par politesse, voire par curiosité, acceptent tout de même la rencontre).

Comment expliquer cela? Est-ce le handicap qui révulse la gente masculine? Est-ce que le handicap est synonyme d’asexualité? Ou bien, le handicap nous donnerait-il une telle respectabilité qui empêcherait ces messieurs de nous envisager comme un simple coup d’un soir?

Tout d’abord, envisageons le dégout que peut provoquer le handicap. Cet argument est grandement compréhensible. En effet, tous les goûts sont dans la nature et je comprends qu’un membre amputé, qu’un corps squelettique (provoqué par une insuffisance musculaire par exemple), que des cicatrices, qu’une taille réduite, que des mouvements spasmodiques ou encore la bave puissent en répugner certains. Néanmoins, le constat est le même chez les valides. Il y a ceux qui n’aiment pas les gros, ceux qui n’aiment pas les roux,  ceux qui n’aiment pas les chauves, ceux qui n’aiment pas les gros nez, les gros seins, les oreilles décollées… Tout de même, quand une personne nous plait, nous passons outre. Je pense qu’il en est de même pour le handicap. Ce n’est qu’une singularité parmi tant d’autres.

Quant à l’asexualité, je ne pense pas qu’il soit nécessaire de s’attarder là-dessus car je l’ai déjà évoqué dans deux de mes précédents articles. Pour résumer ma pensée à propos de l’idée reçue selon laquelle les personnes en situation de handicap n’auraient pas de vie sexuelle, détrompez-vous. Nous aussi, nous avons des besoins, et nous pouvons combler physiquement nos partenaires. Certes, avec certaines pathologies toutes les positions ne sont pas possibles. Néanmoins, il est toujours possible d’aller au delà de ces contraintes physiques avec un peu d’imagination. Pour votre gouverne, certaines pathologies, comme la mienne, rendent les personnes hyperlaxes, ce qui est loin d’être négligeable…à bon entendeur…

Enfin, je suis arrivée à penser que le handicap pourrait procurer aux femmes sur roulettes une sorte de respectabilité empêchant les hommes de nous regarder uniquement comme un objet de désir, et rien de plus. En effet, lors de mes discussions, parmi les hommes acceptant de me rencontrer, la plupart d’entre-eux envisageait d’avantage qu’une relation d’un soir. Les femmes handicapées seraient-elles considérées comme des êtres pures qui ne doivent être souillées par un homme qui n’a que pour seul désir que de se vider les couilles? Dans des termes plus élégants, je pense qu’il plane dans l’esprit des hommes, enfin d’une majorité des hommes, une idée reçue selon laquelle les femmes handicapées seraient trop honorables (car oui, dans l’esprit des gens, le handicap inspire le respect) pour être bassement coïtées. En effet, il n’est pas nécessaire de rappeler que depuis des siècles et des siècles la femme respectable est soit la femme chaste soit la mère de famille qui n’a de relations sexuelles que dans le but de procréer. Les autres, celles qui aiment le sexe, voire qui en font un commerce sont considérées comme des moins que rien (et encore aujourd’hui, hélas). Alors, imaginez. Une femme handicapée serait-elle aux yeux de ces messieurs doublement respectable de part sa chasteté et sa faiblesse physique? Je vais un peu loin me direz-vous. Probablement.

Cinq jours ont passés depuis mon inscription. Je ne comptais pas écrire cet article aussi rapidement car je voulais obtenir un panel plus large. Cependant, ce soir, j’ai eu une discussion avec un jeune d’une vingtaine d’années qui m’a fortement scandalisée. Je crois que c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Pour résumer, nous avons dragouillé pendant une demi-heure environ, et je lui propose de me rencontrer afin de prendre du bon temps. Suite à ma proposition, afin de s’assurer sur sa marchandise, le jeune homme me demande s’il peut m’ajouter sur facebook. J’accepte et deux minutes plus tard je lui écrit « alors, surpris? » (car il y a des photos de moi en fauteuil roulant sur ma page facebook). Il me répond « euh…t’es handicapée? » (non, c’est très IN le fauteuil, tu ne le savais pas?). Je lui demande s’il souhaite toujours me rencontrer. Il me réplique « franchement là, je ne sais pas… Je dois y aller. ». En plus d’être étroit d’esprit, Monsieur est du genre à esquiver.

Bien que le but de cette petite expérience chez Adopteunmec était de me faire une idée quant à la faculté des femmes handicapées pour obtenir un rendez-vous avec un inconnu pour un « coup d’un soir », j’ai été tout de même légèrement blessée. En effet, ces péripéties m’ont interrogées sur ma propre capacité à séduire, que ce soit pour une histoire sérieuse ou pour un « one-night stand », bien que je pense que les relations sentimentales soient plus complexes que cette simple dichotomie. Je dois avouer que mon handicap m’est revenu en plein visage, à moi qui ai tendance à oublier que je suis en situation de handicap. En effet, sur Internet, les personnes se désinhibent, se permettent de dire des choses qu’elles ne diraient pas dans la réalité. Ainsi, combien d’hommes que je croise dans la rue, à la fac, en soirées pensent la même chose?

Néanmoins, avec un léger recul, je peux affirmer que cette expérience a renforcé ma motivation d’une part à continuer ce blog, et d’autre part, de manière plus générale, à me battre chaque jour contre les préjugés, et cela à coup de rouge à lèvres, d’escarpins et bien sûr…de porte-jarretelles.

Pour conclure, les filles, bien qu’il soit plus compliqué de se trouver un plan cul lorsque l’on se déplace sur roulettes, cela est loin d’être impossible (et permet de profiter de son célibat). N’écoutez pas les mauvaises langues, et faites-vous plaisir.

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