Retour sur la publicitation de l’article « en immersion chez Adopteunmec : mission plan cul » chez Rue 89

par porte-jarretelles@wheelchair


Jeudi dernier (décidément, il s’en passe des choses les jeudis), mon article « en immersion chez Adopteunmec : mission plan cul » a été publié chez Rue 89. Aujourd’hui, mardi après-midi, à 16 heures et 13 minutes précisément, mon article a été vu par 190 194 personnes, et j’en suis très satisfaite, même si je sais très bien que les articles de la rubrique Rue 69 connaissent généralement beaucoup de succès. Dès qu’il est question de sexe…il y a du monde au portillon!

Je souhaiterais revenir sur certaines réactions d’internautes, disons celles qui m’ont le plus interpellées. En effet, tout d’abord, il y a eu des commentaires positifs et encourageants. Effectivement, j’ai eu d’assez bons retours de la part de personnes en situation de handicap, et de la part d’autres lecteurs non familiers au handicap qui se sont montrés plutôt tolérants (ce qui devrait être la norme dans le monde utopique dans lequel je vis…l’atterrissage est parfois difficile ) et qui m’ont soit incité à poursuivre mon blog, ou bien, qui se sont interrogés, ce qui est plus intéressant. En effet, là est le but de mon blog : bousculer mes lecteurs afin qu’ils se remettent en question.

Dans un premier temps, je vais évoquer rapidement les commentaires qui m’ont vraiment consternés, et en faire une mini analyse, qui n’engage que moi bien sûr. Dans un deuxième temps, je traiterai les sollicitations en pagailles que j’ai reçues, de la part de la gente masculine, pour coucher avec moi. Rue 89 est mille fois plus efficace pour « pêcho » qu’Adopt! J’ai un harem à présent! Pour conclure, je m’attarderai sur un commentaire pertinent, que je viens de lire à l’instant (pas trop tôt…), et qui conforte l’avis que je me suis faite sur la question : nous les handicapées, nous aurions un petit cœur fragile et les hommes se refuseraient à nous traiter simplement comme un « vulgaire jouet sexuel », pour emprunter les termes de la personne ayant écrit ce commentaire.

 

La journaliste m’ayant contacté pour la publication de cet article m’avait prévenu. Je m’y étais préparée. Beaucoup de personnes ont tenu, que ce soit sur le site de Rue 89 et sur la page facebook du site, ou bien encore sur mon blog, des propos qui m’ont profondément déçus, voire attristés.

Il y a eu tout d’abord des commentaires relatant, pour faire court, que les handicapées n’étaient pas bandantes et que le message que je porte serait culpabilisant, comme par exemple celui-ci : « quelle propagande culpabilisatrice ! les mecs sont des salauds, faut les accoupler de force avec des minorités, leur interdire le libre choix ! peu importe si il n’y a aucun désir ni aucune attirance, quand on a faim on mange ce qu’il y a dans son assiette après tout, il s’agit juste de se soulager ! article de merde« . Hormis le fait que monsieur devrait s’acheter un Bescherelle (je préfère largement « culpabilisante » à « culpabilisatrice »), j’entends bien que l’on ne puisse pas plaire à tout le monde et que mon style et le sujet que je traite ne soient pas transcendants. Néanmoins, je tiens à affirmer haut et fort que je ne cherche nullement à culpabiliser qui que ce soit mais seulement à informer, à témoigner. Il se trouve que j’ai lu énormément de commentaires de la sorte, venant de la part d’hommes, probablement atteints dans leur virilité, ou bien blessés dans leur amour propre ou que sais-je… En effet, mise à part quelques chiennes de gardes qui me trouvent anti-féministe, les commentaires de la sorte, agressifs pour certains viennent de la part d’hommes. Je m’interroge… N’acceptent-ils pas mes reproches faits à l’encontre de la tyrannie, qu’ils véhiculent, d’un soi-disant corps parfait? Refoulent-ils le fait d’avoir déjà été attirés par une femme en situation de handicap? Le mystère demeure… Ces réactions m’ont montré à quel point il est essentiel de mettre fin à ce diktat du corps (féminin) parfait. En effet, comme mon entourage peut en témoigner, en lisant cet article, j’ai remarqué à quel point je vivais…dans le monde des Bisounours! Un monde dans lequel chaque personne serait désirable, quand bien même elle pèse 100 kilos, quand bien même ses dents ressemblent à celles de Shane McGowan (le chanteur des Pogues)… Sérieusement, je persiste et persisterai à considérer que chaque corps est désirable, que chaque corps mérite d’être touché, caressé. Je m’adresse aussi bien aux femmes qu’aux hommes : soyons fiers de notre corps. En parlant de corps, il y a quelques jours de cela, je suis tombée par hasard sur cette page : http://moncorpsmappartient.tumblr.com/, qui est participative, c’est-à-dire que des internautes y publient des photos d’eux, plus ou moins dénudés dans le but de d’illustrer la beauté de chaque corps. Bref, si vous avez du temps à tuer, jetez-y un coup d’œil! Revenons à nous moutons…

Ensuite, toujours dans la rubrique « commentaires peu pertinents », il y a certains hommes qui se sont plaints du fait que je visais exclusivement les hommes. En voici un exemple : « pourquoi n’y a t’il aucune référence à la situation inverse ? Un gars en fauteuil ne doit pas avoir beaucoup plus de chances, hélas ». WTF? Je suis une femme et je me suis inscrite sur AdopteunMEC! Jusqu’à preuve du contraire, le site ne se nomme pas « Adopteunemeuf »! Bien que j’estime que ce qui nous séduit chez une personne n’est ni son sexe, ni son genre et que je considère que nous sommes toutes et tous plus ou moins bisexuel(les), ma petite expérience n’a porté que sur des hommes car j’ai d’autres choses à faire que de passer mes heures sur des sites de rencontre, qui plus est, pour écrire un article. S’il y a des volontaires pour s’y atteler, je vous en prie. Allez-y! Je n’ai pas la prétention d’avoir mené une étude que nul ne peut remettre en question. Je ne suis pas sociologue et j’ai fait cette expérience, que s’est avérée relativement ludique, sans trop me poser de questions et donc sans appliquer une quelconque méthode scientifique. Je tiens cependant à mettre en évidence qu’il est plus difficile de séduire lorsque l’on est une femme en situation de handicap qu’un homme en situation de handicap. En effet, à cause de cette pression qui pèse sur les femmes quant à leur apparence physique, il est plus difficile pour une femme handicapée de séduire, cela est évident. C’est en partie pour cela que je n’ai « testé » que les hommes, qui sont plus visuels que les femmes.

 

Ensuite, contre toute attente, une bonne centaine d’hommes m’ont demandé si j’étais « open » pour une folle nuit de sexe, ce qui, bien sûr, m’a bien fait rire… Allez…rigolons un peu, je vous montre un exemple : « Bonjour Lydie , félicitation pour votre article , trop de la ‘ball  je kiff ….. bon perso je ne suis pas du tout réticent a avoir une relation tres hot avec une femme dotée d’un handicap , bien au contraire , ça serais plutot rare , peu importe votre physique je vous ferais un cunillingus sans le moindre probléme sachez le , bon je présume que vous etes sur Brest , moi vers Lyon !  pour ma part  1.70 m 70kg et je pense hyper sportif , avez vous une photo sexy de vous ?   Pascal« .

Conclusion : si vous voulez « pécho », écrivez quelque chose sur Rue 69! Par contre…ne soyez pas trop exigent(e)s sur l’orthographe…

Plus sérieusement, l’intrusion dans ma vie privée, notamment par des personnes m’ayant demandé en « amie » sur facebook m’a vraiment agacée. De même, quelle ne fut pas ma surprise en voyant dans le fil des commentaires facebook de la page de Rue 89 un article datant de 2008, provenant du Ouest France, avec une photo de moi (où mon visage bourgeonnait de partout…les joies de l’adolescence!) à propos d’un voyage linguistique en Allemagne! BIG BROTHER IS WATCHING ME! Que les choses soient claires : je ne suis pas à la recherche d’un plan cul.

Qu’ai-je fait des 30% d’hommes ayant accepté de me rencontrer? Je ne les ai tout simplement pas rencontré, après leur avoir expliqué ma démarche (sauf deux, mais cela ne regarde que moi). En effet, je suis une jeune femme très entourée et dynamique. Par conséquent, je fais les rencontres nécessaires à l’extérieur. Je suis également assez réticente vis-à-vis des sites de rencontre de toute manière.

 

Pour conclure, je souhaiterais m’attarder sur un commentaire pertinent, c’est-à-dire que les hommes rencontreraient de réelles difficultés à considérer les femmes en situation de handicap comme de « vulgaires objets sexuels ». L’homme ayant écrit ce commentaire, où il raconte succinctement sa rencontre avec une jeune femme handicapée dont il est tombé amoureux, a ajouté qu’il craignait « de lui briser une des rares choses qui fût encore intact dans son corps ; le cœur ». Je comprends tout à fait cet argument, qui est de prime abord un signe de bienveillance. Néanmoins, je souhaiterais indiquer, et c’est le but premier m’ayant poussé à écrire cet article à propos d’Adopteunmec, que d’une part il n’y a rien de vulgaire à entretenir une relation purement sexuelle, et d’autre part, nous, les femmes handi, avons, dans la majorité des cas, un cœur bien accroché. En effet, tout d’abord, il n’y a rien de vulgaire, de dégradant à « ne coucher que pour une nuit », dans la mesure où les deux personnes, voire plus, sont consentantes. Ensuite, comme l’a très bien démontré Boris Cyrulnik en introduisant en France le principe de résilience, notre handicap, qui peut être considéré comme un évènement traumatique, nous a conféré une certaine capacité à rebondir, une force mentale. Bref, bien que mes os soient fragiles, mon cœur de l’est pas et je n’ai pas peur de me cogner à la vie que ce soit pour une histoire d’une nuit ou pour d’avantage. Toutes mes copines clopi-clopantes vous diront la même chose!

 

Je pense avoir tout dit… AH NON! Les chiennes de gardes…je les avais oubliées! En effet, j’ai lu certains commentaires relatant que je commettais un blasphème en me considérant féministe. En voici un exemple : « la mise sur le marché du cul et du libertinage ce n’est ni de l’émancipation ni du féminisme » ou bien « Les assertions « féministes » au milieu de ce billet relèvent sans conteste du Grand-Guignol. On retiendra l’âge de l’auteure pour ne pas trop lui en tenir rigueur ». Oui mesdames, je suis féministe dans la mesure où j’estime que chaque femme est libre de disposer de son corps comme elle l’entend, sans être ensuite traitée de « putain ». D’ailleurs, pourquoi employer le mot « putain » pour insulter une femme libre? Pourquoi employer ce terme en guise d’insulte?

Que l’on soit une femme libre collectionnant les aventures sans lendemain ou bien que l’on soit une putain, nous ne sommes pas dans une position de soumission car nous sommes libres, nous consentons (même si, malheureusement, toutes les femmes se prostituant ne le font pas par choix, je parle bien évidemment de celles qui le font librement!). Cessez la victimisation!

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