Moi aussi je veux…

par lydieraer


Interdiction de monter dans le bus aux arrêts non habilités

Il y a environ une semaine de cela, alors que je m’en allais faire réparer mon pneu pour la énième fois chez la Vitrine Médicale Ouest, qui est un magasin d’équipement médical se situant dans une zone industrielle à la périphérie de Rennes, le chauffeur du bus que je m’apprêtai à prendre, une femme en l’occurrence (blonde à lunettes…!) m’y a refusé l’accès, au motif que l’arrêt n’était pas habilité à la montée ou à la descente des PMR.
Or, il se trouve que je venais déjà de rouler sur une distance assez conséquente, car l’arrêt où j’avais prévu d’emprunter le bus n’était plus desservi pour cause de travaux. Cela avec un pneu crevé, et sur des pavés.
J’insiste fortement, en évoquant mon incapacité à rouler des centaines de mètres supplémentaires avec un pneu crevé.
Butée, et quelque peu psychorigide, la femme me répond « ce n’est pas mon problème, allez à l’arrêt suivant ».
Ayant entendu la conversation, un jeune homme, avenant, intervient dans la conversation et me propose son aide, ce à quoi le chauffeur réitère son refus.
La porte se ferme. Le bus reprend sa tournée.

Abattue et très excédée, car ce n’est guère la première fois que cela m’arrive, j’appelle une amie avec qui j’étais censée réviser à la bibliothèque universitaire après la réparation de mon pneu.
« J’en ai ras-le-bol de cette compagnie STAR! Elle me sort par les trous de nez! Je dois être dans 20 minutes dans le magasin et une c****** m’a refusé l’entrée. Je fais comment? Je reste tout le week-end coincé chez moi avec mon pneu crevé? »
« T’inquiète, j’arrive! ».
Heureusement qu’il y a les amis!

Me voilà qui attends mon amie T., la larme à l’œil et tremblante d’énervement, auprès de l’arrêt de bus situé sur un trottoir du centre-ville de Rennes et déterminée à faire un scandale dans une agence commerciale de la STAR, la compagnie de transports en commun de ma ville d’adoption.

 

Une interdiction stipulée dans le règlement de la compagnie de transports en commun

Or, par un heureux hasard, des contrôleurs, s’apprêtant à monter dans le prochain bus s’approchent de moi.
Je ne peux laisser passer cette occasion! Il faut que je leur touche un mot de ce qu’il vient de se produire deux minutes plus tôt!

« Excusez-moi messieurs… Je voudrais vous informer qu’une de vos collègues m’a refusé l’accès du dernier bus et m’a dit de rouler jusqu’à l’arrêt suivant, mais il se trouve que j’ai un pneu crevé… ».
« Quelle honte! C’est scandaleux! » me répond t-on. « à quelle heure cela s’est-il produit? ».
Je leurs donne les informations nécessaires et, très rapidement, un des contrôleurs compose le numéro de la direction de la STAR sur son téléphone et relate brièvement ce qui vient de m’arriver.
« Ah d’accord…d’accord. Tous les chauffeurs doivent refuser la montée et la descente des PMR à cet arrêt…d’accord. ».

Bien sûr, je m’attendais à cette réponse. En effet, ce n’est pas la première fois qu’une telle situation se produit. J’ai déjà maintes et maintes fois réalisé des réclamations auprès de la STAR, et l’on m’a toujours répondu que le chauffeur, appliquant docilement (voire bêtement) le règlement de la compagnie, était dans ses droits et qu’il était stipulé dans le règlement de la compagnie qu’il est formellement interdit de faire monter ou descendre une personne en fauteuil roulant aux arrêts non habilités à la montée ou à la descente d’une PMR.

 

Des normes rigides et inutiles

Qu’est-ce qui différencie un arrêt habilité d’un arrêt non habilité?
Tout d’abord, un arrêt habilité est joliment décoré d’un petit pictogramme bleu où un fauteuil roulant y est dessiné en blanc. Ensuite, pour être habilité, le trottoir dudit arrêt doit être d’une hauteur spécifique, et pas un millimètre de plus ou de moins, et ce afin d’éviter un malencontreux salto arrière en fauteuil roulant.
Honnêtement, je trouve ce règlement ridicule et infantilisant. Certes, j’entends bien que la compagnie tienne à se protéger au maximum contre les éventuelles assignations en responsabilité émises par des personnes procédurières (et peu habiles avec leur fauteuil roulant).
Néanmoins, j’estime être apte à savoir si oui ou non je peux monter ou descendre d’un bus sans danger. J’estime être en mesure de demander de l’aide à un passager si cela n’est pas le cas.
De manière générale, ces règlementations qui déresponsabilisent de manière croissante la population, qui par conséquent devient de plus en plus procédurière, m’exaspèrent au plus haut point.
En ce qui concerne l’habilitation des transports en commun, pourquoi ne pas demander l’avis pratique des principaux intéressés et cesser avec ces normes rigides et relativement inutiles?

Pour revenir à mes contrôleurs, un me dit « mais, vous ne pouvez pas faire réparer votre fauteuil ailleurs? ».
« Non, j’ai mes habitudes chez eux ».
Honnêtement, de quel droit une personne que je ne connais ni d’Adam ni d’Ève se permet-elle de me dire ça? Pourquoi devrais-je m’adapter et organiser ma vie en fonction de ce qui est accessible ou de ce qui ne l’est pas?
Je regrette, mais si je désire que mon fauteuil soit réparé à tel endroit, il sera réparé à tel endroit. Un point c’est tout.

 

Le report de la loi de 2005

Les lecteurs avertis que vous êtes ne sont pas sans savoir que la loi n°2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées établissant l’accessibilité aux personnes handicapées aux établissements recevant du public, à la voirie et aux transports en commun, qui devait être applicable au 1er janvier 2015, sous peine de sanctions administratives et pénales, ne le sera pas.
10 années… Auxquelles s’ajoutent des délais supplémentaires de 3, 6, voire 9 années!
Pourquoi?
Tout d’abord, il y a la pression des lobbies de l’immobilier exercée sur nos décideurs politiques, comme par exemple Jean Arthius, ancien ministre de l’économie et des finances, pour qui l’accessibilité c’est la privation de liberté! (lisez « les perles de lobbies » du site n’ecoutezpasleslobbies de l’APF, c’est croustillant!)
Ensuite, et c’est cela qui est essentiel, il me semble que l’échec de cette loi relève de la responsabilité de tous! En effet, nous, que l’on soit handicapés ou valides, n’avons rien fait, ou du moins pas assez. D’une part, les personnes handicapées ne se sont pas mobilisées, notamment en ne sensibilisant, en n’avertissant pas les propriétaires ou gérants d’établissements recevant du public non accessibles. De même, pourquoi n’avoir pas exercé de lobbying nous aussi? D’autre part, les personnes valides, les responsables d’établissements recevant du public ou d’équipements destinés à l’usage du public, les compagnies de transports en commun qui n’ont eu de cesse de repousser la mise aux normes de leurs établissements ou équipements.
Certes, je veux bien admettre que certaines normes sont absconses et inutiles, néanmoins, un peu de bonne volonté s’il-vous-plait.
En quoi est-il plus onéreux de construire un bâtiments accessibles, avec des plans inclinés, des ouvertures plus larges, des ascenseurs plus spacieux?
En ce qui concerne les commerces, notamment se situant dans les centres-villes, dites-moi en quoi la construction d’un plan incliné dénature t-il l’architecture?
Soyons sérieux.

 

Moi aussi je veux…

Pour en revenir à mon sujet de prédilection :
moi aussi je veux pouvoir entrer dans n’importe quel magasin de lingerie
moi aussi je veux pouvoir choisir le gynécologue qui me convient et pas être suivi par dépit par le seul ayant un cabinet accessible
moi aussi je veux pouvoir aller m’amuser (et draguer) en boite de nuit
moi aussi je veux pouvoir fréquenter un club libertin accessible
moi aussi je veux pouvoir me fournir en accessoires divers et variés dans un sex-shop accessible

 

 

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