Ce n’est pas tout de faire de galipettes sur roulettes…

par lydieraer


Lectrices, lecteurs,

Tout d’abord, je tenais à m’excuser de cette absence. Oui, je n’ai rien écrit depuis le mois de décembre. Vous savez, entre les examens, la reprise des cours du second semestre, mes interrogations concernant mon projet professionnel, ma recherche de stage pour cet été, mes amis…je n’ai pas un moment à moi!

Depuis le mois de décembre, j’ai un sujet qui trotte dans mon esprit, c’est-à-dire le suivi gynécologique des femmes en situation de handicap!

La nécessité d’avoir une méthode contraceptive

Oui, ce n’est pas tout de faire des galipettes sur roulettes…il faut aussi penser à la contraception, au suivi gynécologique de manière générale.

De par ma nature extrêmement pudique, j’ai toujours remis à plus tard la fatidique première auscultation gynécologique. En effet, comme un grand nombre de jeunes femmes, lorsque j’avais besoin de renouveler mon ordonnance de pilules, je me rendais toujours au planning familial de ma ville d’origine, où je savais que l’on allait me laisser tranquille et ne pas m’ausculter, le frottis n’étant recommandé qu’à partir de 25 ans. À chaque fois, la consultation, réalisée par un étudiant en médecine, se passait très bien.

Pas de souci. Pas d’auscultation et le renouvellement de l’ordonnance à la clé.

Néanmoins, un an après mon arrivée dans la ville où j’habite présentement, je me suis rendue au centre de planification de ladite ville. Ce fut le drame.

En effet, tout d’abord,  un médecin gynécologiste-obstétricien âgé d’une cinquantaine d’années m’accueilli dans son bureau. Jusque là, tout va bien.

Tout de suite, il me posa des questions sur ma maladie. Toujours pas de souci.

Les choses se gâtèrent lorsque qu’il demanda :

De quelle pathologie est atteint votre compagnon? La même que la vôtre?

Non! Pas lui! Pas un médecin, c’est-à-dire une personne ayant fait au moins dix années d’études! Comment est-ce possible d’avoir des préjugés de la sorte avec ce niveau d’éducation (et cet âge)?

À maintes reprises, on me demande si mon copain du moment est handicapé (ou bien si le pote en fauteuil avec qui traîne est mon copain). Lorsque ces propos viennent de la part de personnes me connaissant depuis longtemps, cela m’agace légèrement. Néanmoins, lorsque cette question est posée par une personne que je ne connais pas, cela ne me désespère pas que tant que ça. Je me dis que ces personnes n’auront plus ces idées reçues en côtoyant des personnes en situation de handicap.

Mais là, un professionnel de santé!

Ce ne fut pas tout… J’ai eu également le droit à une session de « sensibilisation ». En effet, le brave médecin m’a rappelé, au cas où je ne le savais pas :

Vous savez, votre maladie est héréditaire! Il faut absolument que vous vous protégez afin de ne pas avoir d’enfant handicapé!

Sans blague.

Ainsi je devrais contenir la propagation de ma maladie… Je l’admets, les personnes atteintes d’ostéogénèse imparfaite sont toutes un peu étranges. Il faut s’en méfier…

Sérieusement, bien que la question de la grossesse ne se pose pas à moi pour l’instant, j’estime qu’un professionnel de santé n’a pas à tenir de telles paroles à un patient, propos qui s’apparentent purement et simplement à de l’eugénisme.

Néanmoins, bien que cette consultation fut assez cocasse, je suis parvenue à obtenir ce que je voulais, c’est-à-dire pas d’auscultation et le renouvellement de la pilule.

2nd round

En décembre dernier, souhaitant opter pour une méthode contraceptive plus naturelle, c’est-à-dire le stérilet, je décidai de prendre un rendez-vous avec un médecin, qui me fut conseillé par une amie.

Là, pas le choix, j’allais devoir passer à la casserole.

Pendant plus d’une semaine, je me préparai psychologiquement à cette épreuve. La fameuse auscultation.

Cela fut inutile.

En effet, le médecin, une femme en l’occurrence, se focalisa sur ma maladie. Elle me demanda de décrire les symptômes, mon nombre de fractures ainsi que celui d’interventions chirurgicales… Je me garde de vous décrire l’expression de son visage. Elle semblait vraiment décontenancée. La pauvre.

Suite à cet interrogatoire, je lui dit que j’avais pris rendez-vous avec elle dans le but de me faire poser un stérilet. Elle me répondit :

Je ne vais pas pouvoir vous prendre en charge. Regardez, mon cabinet n’est pas habilité!

Après les arrêts habilités, voici les cabinet habilités… En l’occurrence, le cabinet, et plus précisément la table d’auscultation, était accessible pour moi, qui peut marcher sur de courtes distances.

Néanmoins, je n’insistai pas et pris rendez-vous avec une gynécologue dans un établissement de santé privé, les autres cabinets de gynécologie libéraux, c’est-à-dire les bâtiments eux-mêmes, n’étant tout simplement pas accessibles en centre ville.

Ces péripéties, qui illustrent l’ignorance des professionnels de santé concernant le handicap, montrent la nécessité de former les apprentis médecins au handicap. En effet, à cause de ces indélicatesses, mais aussi du manque d’accessibilité, un grand nombre de femmes en situation de handicap renonce à se faire suivre par un médecin gynécologue. Ainsi, uniquement 10% des femmes en situation de handicap moteur auraient un suivi gynécologique, selon une base de données recueillies depuis six ans à la consultation « Parentalité Handicap » de l’Institut Mutualiste Montsouris, établissement qui fait d’ailleurs un travail extraordinaire !

De nature optimiste, je me dis que l’on y arrivera à faire évoluer les mentalités avec de la sensibilisation. C’est notamment que fait l’association Handiparentalité, qui s’attelle en matière de parentalité des personnes handicapées. Jetez-y un coup d’œil pour avoir davantage d’information!

 

 

 

 

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