Mes drôles de rencontres dans les transports en commun

par porte-jarretelles@wheelchair


Depuis que je suis en fauteuil roulant, c’est-à-dire depuis mes 6 ans, il n’est pas rare que je me fasse aborder par des personnes, hautes en couleur, et particulièrement dans les transports en commun.

Communément, ces personnes me demandent :

Que t’est-il (et non « vous ») arrivé ? C’est un accident ?

Bien que je trouve cette approche un poil déplacée, j’y réponds, de bonne grâce, de manière évasive :

 Non, non, une maladie.

Ensuite, il peut arriver que les choses se corsent et que mon interlocuteur me demande :

Quelle maladie ? C’est de naissance ?

Dans cette hypothèse, ma réponse peut varier selon que je me suis levée du pied gauche, ou plutôt de la roue gauche, ou non. Parfois, je me sens l’âme pédagogue et accepte d’engager la conversation, notamment en insistant sur le fait que fauteuil ne signifie pas forcément paraplégie.

À l’inverse, il arrive que l’envie me vienne de répondre :

Et toi, ton manque de courtoisie, c’est de naissance aussi ?picasso

Imaginons. Nous sommes dans le métro par exemple et je remarque une particularité physique… Allez, disons un nez de travers. Comment réagiriez-vous si je vous demandais :

Hey mec ! C’est quoi le problème avec ton nez digne d’un tableau de Picasso ? Quelqu’un t’a frappé ou bien c’est de naissance ?

Sérieusement, ce genre de questions, provenant de personnes que je ne connais guère peut m’agacer terriblement, surtout en période prémenstruelle ! Les filles, vous comprendrez…

« Dis, tu connais Marcel ? »

Il y a un mois de cela environ, dans le bus, un passager vient à ma rencontre et me demande :

Dis, tu connais Marcel ?

Perdue dans mes pensées et quelque peu surprise, je lui rétorque :

Quoi, Marcel ? Qui est-ce ?

Ben oui, Marcel, mon copain en fauteuil ! Tout le monde connait Marcel !

surprise

Bon, déjà, mec, tu n’es pas mon pote, le vouvoiement est de rigueur et on commence la conversation par une formule de politesse.

Je l’admets, je suis légèrement psychorigide avec la politesse.

Deuxièmement, je ne connais pas tous les estropiés de la ville, aussi surprenant que cela puisse paraître.

Effectivement, quelques personnes prennent l’adage « qui se ressemble s’assemble » pour argent comptant. Ainsi, les personnes en situation de handicap devraient toutes se connaître, vivre en communauté, s’apprécier, voire, se mettre en couple ensemble et faire des bébés, estropiés eux-aussi.

Evidemment, j’ai des ami.e.s en situation de handicap, même si, entre nous, les handicapés, c’est un peu « relou », de temps à autre ! Cependant, il m’est arrivé de ne pas apprécier des personnes en situation de handicap car nous n’avions pas d’affinités. C’est comme si par exemple tous les roux se connaissaient, ou bien toutes les personnes souffrant de strabisme. Imaginez un peu la situation…

Un radoteur harceleur

Quelquefois, je me retrouve dans des situations vraiment très délicates, voire qui s’apparentent à du harcèlement. Ni plus, ni moins.

Ainsi, hier j’attendais le bus à un arrêt. Au loin, je vois s’approcher un homme, âgé d’une quarantaine d’année environ et ayant une curieuse démarche. Il n’avait pas l’air vraiment très…net. En mon for intérieur, je me suis dit :

Celui-là, il est pour moi !

Cela n’a pas manqué ! Il s’est approché de l’arrêt de bus et m’interpelle :

Salut ! Très belle, très sexy ! C’est un accident ? Tu as un copain ?

Il marmonnait et répétait, sans cesse, ce leitmotiv, à savoir que j’étais très sexy etc etc… Cet homme est monté dans le bus avec moi et a continué à radoter ces propos pendant au moins dix minutes, quand bien même je faisais mine de l’ignorer.

Je dois avoir un aimant à personnes un brin siphonnées.

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Bref, si vous vous baladez une fois en ma compagnie, ne soyez pas surpris.e.s de faire de drôles de rencontres.

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