Mon corps, mes choix.

par porte-jarretelles@wheelchair


Il y a un truc qui me traumatisera toujours, en matière de gynécologie : les étriers !

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À cause de ces engins de torture (psychologique), j’ai longtemps éludé le fameux examen gynécologique. Mais là, désirant me faire poser un stérilet depuis un an et demi et ne pouvant me l’insérer moi-même, il a fallu sauter le pas (ou la roue) !

Comme je l’ai déjà écrit, j’ai un « passé gynécologique » un poil catastrophique (entre celui qui me demande si mon copain est handicapé et l’autre qui me sort que son cabinet n’est pas « accessible »alors que je suis assise en face de lui…). Je pourrais également évoquer les médecins refusant de poser un stérilet aux femmes nullipares et ne laissant pas d’autre choix que la pilule.

Alors, imaginez, ce vécu là + mon lourd passé médical + les étriers = c’est vraiment, insupportable.

Et oui, je me considère « libérée », pro-sexe et je suis très très très pudique ! Cela peut paraître étonnant. J’ai déjà posé en nuisette pour le projet Elles. Mon chirurgien m’a, à maintes reprises, vue de l’intérieur en dotant mes os longs inférieurs de clous télescopiques.

Mais alors, montrer mes fesses à un médecin, les jambes écartées, c’est juste intolérable. Cette sensation d’être offerte au professionnel de santé, cette infériorité. Cela dépasse mon entendement.

J’ai subi un prélèvement vaginal dernièrement, en laboratoire. J’angoissais terriblement. Je tremblais. J’étais au bord des larmes. J’avais la gorge nouée. Ces étriers me terrifiaient. Je voulais me cacher. Mais aucun drap sous lequel se réfugier. La professionnelle m’a juste dit  » C’est bon… » avec un air condescendant, lorsque je rechigner à écarter les jambes. Mon angoisse n’a pas été prise en compte. J’ai eu le sentiment d’être considérée comme une enfant, qui faisait un caprice. Je me suis sentie humiliée, blessée.

Il y a environ une année de cela, j’ai lu un article  qui a confirmé une intuition… Nous ne sommes pas obligées d’écarter les cuisses lorsque nous subissons ces fichus examens ou actes gynécologiques. Effectivement, la position « chien de fusil », permet à la femme d’être examinée allongée sur le côté, éventuellement recouverte d’un drap. Cette position est d’ailleurs assez prisée dans des pays tels que le Canada ou l’Angleterre.

C’est chouette, non ?!

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Et en France ?

D’après mes expériences ainsi que celles vécues par mes amies, mais aussi selon mes lectures, cette position qui respecte l’intimité de la patiente est rarement utilisée par les médecins . Il semblerait, qu’en France, notamment selon Martin Winckler, que les médecins considèrent le corps du patient comme leur « propriété ».

De nature assez réservée, je n’ai jamais encore exigé que l’on m’examine de la sorte, en « chien de fusil ». Néanmoins, étant fatiguée par le paternalisme médical et la manière dont les femmes sont parfois traitées par le corps médical, j’ai décidé de m’exprimer, de m’affirmer et de ne plus écarter les cuisses devant un médecin car cela m’est psychologiquement éprouvant.

Je n’ai pas un bac +12 en médecine. Je ne supporte pas ce que beaucoup de femmes tolèrent. Cela s’apparente probablement à de la sensiblerie pour certain.e.s. Néanmoins, j’estime avoir le droit de ne pas subir ce que je ne peux tolérer.

Je tiens à ajouter que je ne diabolise pas les médecins. La plupart d’entre eux pensent « bien faire » et leur maladresse, voire ce que l’on peut considérer comme des actes de maltraitance est justifiée par l’habitude, la tradition et un manque de remise en question. Cependant, il existe des gynécologues, des sages-femmes, des médecins généralistes qui écoutent leurs patientes, les examinent en utilisant la méthode « chien de fusil », appelée également « examen à l’anglaise ». Certains de ces professionnels sont répertoriés dans la liste de soignants qualifiés de féministes du blog Gyn&co. Je vous invite vivement à consulter cette liste où l’on peut trouver des soignants « handifriendly », « lesbienfrienly », « transfriendly », « sex-workersfriendly »…

Lorsque l’on est mal à l’aise avec un corps qui ne rentre dans aucune norme, lorsque l’on a des pratiques qualifiées de perverses selon certains médecins moralisateurs, ou bien un lourd passif médical, comme moi, il est plutôt réconfortant de savoir que ces professionnels , qui seront nous mettre en confiance, existent. De même, si vous connaissez des professionnels de santé pratiquant des actes de gynécologie avec une approche féministe, bienveillante, je vous invite vivement à répondre au questionnaire établi par le groupe de féministes ayant permis la réalisation de cette liste.

Sur ce, j’encourage toutes celles qui ont vécu des expériences malheureuses avec des professionnels pratiquant des actes de gynécologie de persévérer, de ne pas renoncer aux soins. Grâce au bouche à oreille, aux réseaux sociaux, ou bien tout simplement au hasard, vous trouverez VOTRE perle rare, la personne qui sera vous écouter, vous rassurer, qui ne vous jugera pas et qui ne décidera pas à votre place. Ce n’est pas parce que la personne en face de vous est un professionnel de santé que vous ne devez pas faire entendre vos choix. Votre corps vous appartient.

 

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