Handicap et féminité stéréotypée.

par lydieraer


Depuis quelques mois je remarque que je suis peut-être tombée dans un piège, notamment via l’écriture de quelques billets dans ce blog. J’ai le sentiment d’avoir conforté une injonction que je déplore : celle de la beauté. 

woman-1079473_960_720Comme certain.e.s d’entre vous ont pu le lire, il semblerait que j’ai pendant un long moment considéré, de manière plus ou moins consciente, qu’une femme en situation de handicap devait paraître « féminine », c’est-à-dire qu’elle devait se maquiller, porter des talons, de la lingerie fine… Elle n’avait pas le droit à l’erreur. Pendant quelques années, effectivement, je ne m’accordais pas de répit. Je sortais rarement sans ma couche, relativement épaisse, de fond de teint et je portais régulièrement des escarpins, des jupes courtes.

Certes, j’aime quelques fois me transformer en vamp. Cela constitue une sorte de jeu mais n’est aucunement une contrainte.

Dans la vie quotidienne, les talons et les minis jupes…ce n’est pas ce qu’il y a de plus confortable (il est même très agaçant de baisser constamment sa jupe qui remonte sans cesse lorsque l’on est assise sur un fauteuil roulant). De même, ce n’est pas moi. Cette carapace, ce masque ne me correspond pas (ou plus). Je ne suis pas une femme fatale.

J’ai remarqué que certaines femmes appartenant à des minorités telles que les femmes en situation de handicap ou bien les femmes transgenres pouvaient accentuer les traits, utiliser beaucoup d’artifices pour paraître plus féminines, se donner une certaine crédibilité.

Le résultat n’est pas tout le temps au rendez-vous. Pire encore, elles s’aliènent car cela devient une obligation. Elles confortent cette féminité stéréotypée encensée par la presse féminine, les discours publicitaires, les séries télévisées…

À la lecture de l’ouvrage Beauté fatale : Les nouveaux visages de l’aliénation féminine, écrit par la journaliste Mona Chollet, j’ai eu un déclic. Bien que je sois plus mesurée que l’auteure de cet essai, j’ai considéré qu’il était temps de freiner un peu cette inflexibilité quant à mon apparence car j’agissais en totale incohérence avec mes convictions féministes. En effet, je me sentais obligée de séduire pour réussir, pour être crédible en tant que femme et pour ne plus être réduite à mon handicap.

Selon que l’on soit valide ou en situation de handicap, cisgenre ou transgenre, qu’est-ce être une femme ? Qu’est-ce la féminité ? Sommes-nous obligées de nous accoutrer comme la société nous le dit de faire pour être considérées comme des femmes à part entière et ne pas être cantonnées à notre particularité ?

J’ai beau y réfléchir…je ne trouve aucune réponse convaincante. Je sais seulement qu’il y a des normes imposées par la société et que ce n’est pas parce que je suis en situation de handicap que je dois m’y soumettre. Je sais également que je possède des qualités, une personnalité et souhaite être reconnue uniquement pour cela.

On m’a parfois reproché d’avoir un comportement « anti-féministe » du fait de la manière dont je m’habille parfois ou bien suite à la lecture du billet à relatif à mon expérience sur Adoptunmec. Sur le vif, je me disais :

« C’est quoi ces féministes extrémistes ?! « 

Avec du recul, je comprends ces critiques. Il me semble qu’elles dénonçaient ce jeu de séduction que j’instaurais pour être regardée comme une femme à part entière. Elles critiquaient cette dictature de l’apparence, cette manie de vouloir séduire à tout prix.

Bien entendu, je ne condamne pas les femmes qui aiment prendre soin de leur apparence, qui se maquillent. Nul n’est légitime pour dire à autrui de quelle manière elle-il doit s’apprêter. Il est juste nécessaire de rechercher, de critiquer la raison qui le justifie.

Publicités