Quoi ?! Tu ne veux pas d’enfant(s) ?!

par porte-jarretelles@wheelchair


Pendant des années, je me suis persuadée que je désirais devenir mère dans un futur lointain.

Néanmoins, plus j’y pensais, plus cette éventualité m’angoissait, me terrifiait. Ainsi, un nombre croissant de personnes de ma génération, avec qui j’étais à l’école par exemple, deviennent parents. Cela me semble irréel. J’en reste coite.  Les enfants, ce n’est pas mon truc. Je ne sais pas leur parler. Je ne sais pas m’y prendre.

Lorsque j’étais gamine, je m’entendais davantage avec les personnes plus âgées que moi. J’étais toujours en décalage avec les enfants de mon âge.

Je n’ai pas ce pseudo instinct maternel (qui n’existe pas selon moi). Le fait de devenir mère représenterait pour moi une contrainte, voire un véritable cauchemar.

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Alors, pourquoi m’être convaincue pendant des années de vouloir devenir mère ?

Handicap et parentalité

Lorsque l’on est en situation de handicap, on vous fait bien comprendre que l’accès à une vie affective et sexuelle est semé d’obstacles. Alors, imaginez…l’accès à la parentalité !

Ainsi, combien de fois n’ai-je pas entendu qu’il était dangereux, égoïste de vouloir donner la vie lorsque l’on a un handicap ?

Etant atteinte d’une maladie génétique, j’ai toujours été réticente vis-à-vis des possibilités de procéder à un avortement thérapeutique et de réaliser un dépistage préimplantatoire dans le but de prévenir la transmission de la maladie. Cette démarche me semblait quelque peu eugéniste. On m’a plusieurs fois répondu que cela serait inconscient de mettre au monde un enfant malade alors qu’il est matériellement possible d’éviter « une vie difficile ». Naturellement, je comprends tout à fait que des parents ayant vécu une enfance compliquée du fait de leur maladie ne souhaitent pas que leur enfant subisse le même sort.

Il s’agit d’un choix cornélien et je ne juge ni les personnes qui décident d’éviter la transmission de leur maladie ni celles qui ne prennent pas de précautions particulières.

Revenons à cet ancien désir de maternité… En réalité, je souhaitais être mère pour montrer que j’en étais capable, par esprit de contradiction. Lorsque l’on me dit que je ne peux pas faire quelque chose, je vais tout faire pour prouver le contraire.

Bref, ce désir d’enfant n’était pas motivé par de bonnes raisons. Vouloir un enfant dans l’unique but de montrer que j’en suis capable n’a pas de sens.

Un choix peu compris

Lorsque j’ai commencé à évoquer cette décision avec mes proches, plusieurs m’ont rétorqué :

 » Mais non, tu changeras d’avis au moment venu. C’est tellement beau de transmettre la vie.  »

 » Mais c’est parce que tu n’as pas eu une enfance normale que tu dis cela. Tu verras, à un moment donné, tu en auras envie. « 

Bien que me déplaçant sur roulettes, je n’échappe pas au diktat de la maternité. Il faudrait donner la vie pour être une femme accomplie.

Evidemment, j’entends et respecte les personnes pour qui la maternité constitue un objectif à atteindre dans leur vie de femme. Cependant, il m’est arrivé à maintes reprises d’observer des inconnues (dans la rue, dans les transports en commun…), avec leur(s) enfant(s), qui ne me semblaient pas épanouies. Elles étaient épuisées, à bout, crispées. Je suppose que la vie avec un ou plusieurs enfants n’est pas de tout repos et qu’il y a des jours où certaines voudraient mettre leur(s) progéniture(s) dans un congélateur et qu’il y a d’autres jours où celles-ci sont véritablement heureuses parmi les membres de leur tribu. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a parmi ces femmes certaines pour qui la maternité a été subie. Peut-être ont-elles été influencées par leur famille, leur conjoint, la société… Lorsque j’observe ces femmes, je fais immanquablement un rapprochement avec ma situation et prédis que je serais probablement comme elles, l’ombre de moi-même.

N’étant pas réduite à ma capacité reproductive, je considère que je peux mener une vie riche, intense en conduisant des projets qui ont un véritable sens à mes yeux. Etre mère n’en est pas un. Merci de respecter ce choix.

Pour terminer la lecture de ce billet, je vous propose d’écouter cette charmante chanson.

 

 

 

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