Le Tribal Fusion sur roulettes.

par porte-jarretelles@wheelchair


En septembre dernier, je vous ai fait part de mon désir de danser. En fait, il ne s’agissait pas d’une simple envie, mais d’un réel besoin (refoulé). Je sentais cette nécessité d’exprimer des émotions avec mon corps, et de me réconcilier davantage avec ce dernier. 

J’ai longtemps eu le sentiment de n’être qu’un cerveau, avec un corps que je traînais tel un boulet de bagnard.

Un peu par hasard, j’ai atterri dans une classe de…Tribal Fusion.

Kesako ?

Pour essayer de faire simple, il s’agit d’un mélange de danse orientale et de danse contemporaine qui puise des motifs et des techniques de flamenco, de hip-hop, de danse indienne… Cela semble un peu « fourre-tout » dit comme cela. Afin que vous puissiez vous en faire une idée, je vous invite à visionner cette vidéo de Rachel Brice, qui est considérée comme THE BIG BOSS de la discipline.

Bluffant, n’est-ce pas ?

Je l’admets, la première fois où j’ai franchi le seuil de la salle de danse, sur les conseils avisés d’un copain dont la compagne pratique cette danse, j’étais un peu réticente. La danse orientale…je trouvais cela un peu trop…folklorique. Cela ne me touchait pas, de prime abord.

Cependant, j’ai été accueillie à bras ouverts par la professeure, Hazel. Lors du premier cours, je me suis contentée d’observer. Je ressenti une atmosphère chaleureuse, de la bienveillance.

J’étais la bienvenue. Je me suis donc jetée à l’eau et ai rejoint les autres danseuses les cours suivants.

Pour être honnête, les débuts sont assez laborieux car il n’est pas aisé d’adapter le Tribal Fusion à une personne se déplaçant en fauteuil. En fouinant sur Youtube, je n’ai trouvé AUCUNE vidéo de danseur.se.s de Tribal Fusion sur roulettes. Bref, tout reste encore à faire, à adapter, à créer.

En plus des difficultés techniques, il m’est compliqué de lâcher prise, je suis constamment freinée par la crainte d’être ridicule, de ne pas être à ma place parmi ces autres danseuses valides.

Vendredi dernier, un déclic s’est produit. C’était la première fois que j’assistais à un spectacle de Tribal Fusion. Bien que ressentant un besoin croissant de danser, je n’ai été qu’une seule fois profondément touchée par une danse. Il s’agit du ballet Le Sacre du Printemps, d’Igor Stravinsky. Je l’ai découvert en classe de musique, à seize ans. Depuis, rien ne m’avait atteint à ce point…jusqu’à vendredi dernier. Ces musiques, ces costumes, ces femmes habitées, fortes, sensuelles, émouvantes, espiègles…

Un duo m’a particulièrement touchée, dansé par Illan Rivière et Mat Jacob (je vous invite à le visionner sur youtube), à la fin duquel j’ai senti que la danse ne constituait pas seulement un loisir mais une démarche profonde, voire une nécessité.

J’ai constaté à quel point je reste encore déconnectée de mon corps que j’estime ingrat, difforme et qui a été longtemps synonyme de souffrances, notamment à cause des fractures et opérations chirurgicales subies pendant mon enfance. Bien que la sexualité me permette déjà, en partie, d’associer mon corps à des sensations agréables, au plaisir, je suis intimement convaincue que la danse pourra continuer ce travail.

C’est décidé, lors des prochains cours, je vais me faire violence et aller au delà de cette crainte d’être ridicule car oui, je suis à ma place.

 

 

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