Et le cri de la carotte ?

par lydieraer


Depuis plus de deux ans, je suis végétarienne. Je ne mange plus de chair animale (viande et poisson). De plus, chez moi, j’essaie de cuisiner au maximum vegan, c’est-à-dire que je me passe des œufs, des produits laitiers et du miel. Je veille également à ne plus acheter de vêtements et de chaussures à base de cuir, de laine, de soie. Je fais aussi attention à ce que les cosmétiques que j’achète ne contiennent pas de produits issus de l’exploitation animale. Enfin, je boycotte les loisirs exploitant des animaux, c’est-à-dire les zoos, les cirques, l’équitation, la corrida …

Je tends à devenir totalement vegan parce que j’estime qu’il est moralement inacceptable d’exploiter des animaux alors que cela n’est pas indispensable à notre survie. Je considère qu’il nous incombe, à nous les être-humains qui sommes des êtres moraux, de protéger les êtres vivants sentients, c’est-à-dire capables d’éprouver la douleur, le plaisir et diverses émotions (comme la peur que ressentent les animaux d’élevage avant d’être exécutés en abattoir).

Par l’écriture de ce billet, je ne vais pas tenter de vous convaincre de suivre le même mode de vie que moi (quoi que…). D’autres personnes le font très bien et je n’ai rien de pertinent à ajouter à leur argumentaire. Je peux par exemple vous conseiller de lire l’ouvrage d’Aymeric Caron, Antispéciste (qui est très facile d’accès), ou bien de visionner (gratuitement sur Youtube) le documentaire Cowspiracy qui démontre les conséquences écologiques dramatiques de l’élevage intensif. Vous pouvez également accéder facilement à de nombreuses recettes végétaliennes sur Internet (sur des blogs ou bien sur Youtube par exemple). Oui, être vegan n’est pas si compliqué que cela finalement.

Depuis la diffusion des vidéos déchirantes tournées par l’association L214, le public se sent de plus en plus concerné la cause animale. De plus, à mon petit niveau, je suis déjà parvenue à convaincre deux de mes ami.e.s à réduire considérablement leur consommation de viande, voire à la supprimer totalement à la fois en exposant mes arguments (de manière calme et non agressive) et en leur concoctant de bons petits plats végétaliens (oui les copains, lorsque je vous invite chez moi, je fais du prosélytisme !).  Je pense en effet que l’on peut convaincre nos interlocuteurs par un comportement bienveillant, le plaisir (gustatif) et nullement par la culpabilisation, qui est totalement stérile.

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Les choses semblent donc avancer dans le bon sens.

Cependant, il est parfois difficile de faire respecter ses choix. Pour ma part, je mange encore des produits à base d’œufs et de produits laitiers lorsque les personnes chez qui je dîne ont déjà fait l’effort de me préparer un plat sans chair animale. Je crains de paraître impolie si je refuse de manger une part du gâteau préparé pour l’occasion (Le plus compliqué est de faire comprendre à mon pêcheur de grand-père que je ne mange plus de poissons et de fruits de mer. Cela me fend presque le cœur de refuser son saumon difficilement pêché (avec amour) dans une rivière du Finistère).

Ce qui m’agace, par contre, ce sont les personnes qui me traitent d’extrémiste et qui font preuve de mauvaise foi avec le fameux cri de la carotte. Ce sont également ces personnes qui disent qu’à cause de gens comme moi, les éleveurs vont voir leur situation s’aggraver. Ce sont ceux qui me traitent de bobo déconnectée des réalités. Ce sont ceux qui me disent qu’il faut déjà penser aux êtres-humains qui souffrent avant de s’émouvoir du triste sort des animaux.

Je ne veux pas que les personnes qui lisent ces lignes (et qui ont pu me tenir de tels propos) se vexent. Je veux juste vous faire comprendre que la protection animale tend à lutter contre l’exploitation des plus faibles, à l’instar des luttes contre le racisme, des luttes contre les LGBTIQ-phobies, les luttes contre le sexisme, les luttes contre les discriminations faites aux personnes en situation de handicap…

On me dit à l’oreillette qu’il y aurait un lien entre l’exploitation animale et le sexisme (et les autres formes de domination). En y pensant, c’est peut-être vrai. Les personnes les plus intolérantes vis-à-vis de mon mode de vie, les plus hermétiques à mes arguments (voire ceux qui, carrément, se moquent ouvertement de moi) sont souvent légèrement opposées à l’égalité des genres (et un poil homophobes et/ou xénophobes aussi). La vie d’un animal aurait-elle, aux yeux de ces personnes, aussi peu de valeur que celle d’une femme, d’une personne homosexuelle, d’une personne d’origine étrangère, d’une personne en situation de handicap ? Apparemment oui.

Exploiter les animaux c’est hiérarchiser les êtres vivants doués de sensibilité, à l’instar du sexisme qui hiérarchise les êtres humains en fonction de leur genre ou bien du racisme qui hiérarchise les êtres humains en fonction de la couleur de leur peau. Le spécisme, à l’instar du racisme et du sexisme, revient à considérer que tous les êtres vivants sentients non humains n’ont pas le même intérêt à vivre que les personnes humaines.

Sans vouloir faire de généralités en associant virilité et sexisme (ce serait d’ailleurs chouette d’en finir avec cette binarité féminité/masculinité, mais je risque de faire des digressions…), la viande est souvent associée à la masculinité, à la force physique. Lors des fameux barbeucs du dimanche midi, qui s’affairent autour du grill, l’allure fière, le torse bombé ? Les hommes majoritairement. Personnellement, aussi loin que je m’en souvienne, je n’ai jamais vu de femmes s’occuper des barbeucs auxquels j’ai assisté (il paraît que ça sonne mieux de dire barbeuc qui barbecue. Peut-être plus viril…je ne sais pas…). J’ajouterais même que mes amis de genre masculin (ainsi que mon copain), qui ne consomment pas de viande, n’ont pas l’allure du type viril de base. C’est juste une observation. (Pour information, on peut avoir une allure viril et être féministe, comme on peut avoir une apparence féminine et être féministe. Bref, il n’y a pas de mal à jouer avec les attributs de genres à condition ne de pas le faire par conformisme, par crainte d’être rejeté.e…). Soyez rassurés messieurs, refuser de manger de la viande n’émascule personne.

S’indigner contre la souffrance animale n’est pas l’expression d’une ridicule sensiblerie. Je considère qu’il s’agit davantage d’une preuve d’humanisme.

Pour conclure mon petit coup de gueule, je termine avec une citation tirée de l’ouvrage d’Audrey Jouglas, Profession : animal de laboratoire :  » Les militants de la cause animale ne sont jamais vraiment pris au sérieux. Et une bonne part de la difficulté de cette cause réside dans cette nuance : il s’agit de s’engager en faveur des bêtes et non des hommes, alors que les hommes vont déjà très mal. S’ils ne sont jamais vraiment pris au sérieux, si leur combat se heurte à tant d’incrédulité, c’est sans doute parce que l’humanité va mal ».

 

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