Bénévolat rouletta non grata

par porte-jarretelles@wheelchair


Trouver un emploi dans la direction d’un établissement ou d’un service accompagnant les personnes en situation de handicap est vraiment compliqué lorsque l’on n’a pas d’expérience en la matière. Cependant, c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour agir auprès des personnes en situation de handicap tout en étant payée. Cela peut sembler utopique mais j’espère que je parviendrai, dans l’exercice de ma future profession, à rendre les personnes en situation de handicap les plus autonomes possibles, à faire respecter leurs droits.

En attendant le job de mes rêves, je ne peux pas rester chez moi à tourner en rond. Certes, je ne m’ennuie jamais chez moi. J’ai toujours mille choses à faire. Cependant, de nature hyperactive, il faut que j’agisse, que je sorte de chez moi, que je rencontre des personnes.

Après avoir regardé le dernier film de Ken Loach,  » Moi, Daniel Blake « , où une scène qui se passe dans une banque alimentaire m’a profondément touchée, je me suis décidée à rejoindre une célèbre association ayant pour activité principale la distribution de nourriture pendant la période hivernale.

Ce matin, j’avais donc rendez-vous avec le responsable d’une antenne locale de l’association. J’arrive avec un peu d’avance, comme d’habitude, afin d’anticiper d’éventuels problèmes avec les transports en commun (rampe de bus ne fonctionnant pas, ascenseur de métro en panne…).

J’attends dans la pièce où se fait la distribution de denrées alimentaires. Je suis impressionnée par le nombre de personnes bénéficiaires, de la file d’attente interminable… Je remarque également la moyenne d’âge des bénévoles. Ils doivent être pratiquement tous en retraite.

Très rapidement, plusieurs bénévoles me dévisagent. Ils ne sont pas très souriants. Ils ne correspondent pas forcément à l’image que je me faisais d’un bénévole dans ce type d’association.

Arrive enfin le responsable de l’antenne. Lui non plus, ne sourit pas. Pour la chaleurosité, on repassera. Entre nous, les gens qui tirent la gueule constamment, ça me fatigue. Comme le dit très justement la blogueuse de Wheelcome, on n’est pas responsable de la tête qu’on a mais de la gueule qu’on tire. (Sérieusement, imaginez les pauvres migrants, ayant traversé tellement de choses, qui arrivent là-dedans et se retrouve nez-à-nez avec des gens aussi aimables qu’une porte de prison !).

Allez, je cesse d’être médisante. Peut-être suis-je tombée un mauvais jour.

Je rentre dans le bureau de mon interlocuteur. Il me demande ce qu’il peut faire pour moi (alors qu’il était sensé connaître la raison de notre rendez-vous). Je lui dis que je souhaite rejoindre son équipe afin de mettre à profit le temps libre dont je dispose actuellement. En guise de réponse, j’ai le droit à un :

Je vous dis tout de suite, ça va être compliqué. Vous n’allez pas distribuer les repas.

Là, je l’arrête tout de suite. Alors qu’une personne valide n’a pas à s’épancher autant sur sa vie privée et notamment sur son état de santé, je lui dis que j’en suis tout à fait capable (je connais mes capacités et mes limites) et que je peux éventuellement me lever en cas de besoin. De plus, j’ai bien observé les endroits où se trouvent les différents produits et aucun ne me semble hors de ma portée.

Entre temps, mon interlocuteur ne sourit toujours pas et me répond :

Bon, on va essayer alors.

Bref, notre entretien aura duré dix minutes et ne se sera soldé par aucun sourire. Je n’ai pas eu le droit à une visite du local, à une rencontre avec quelques bénévoles. On ne m’a même pas proposé de participer à d’autres activités que la distribution de denrées alimentaires (activité jugée « compliquée avec mon état »).

Je savais qu’il était compliqué de trouver un job de responsabilité en tant que jeune travailleur en situation de handicap. Mais alors, j’ignorais qu’il fallait également se battre pour être bénévole.

Énervée, je relate les faits sur mon compte Facebook. Petit à petit, j’apprends que je ne suis pas la seule personne sur roulettes à avoir eu une mauvaise expérience avec des associations. Apparemment, nous ne sommes pas les bienvenus en tant que bénévoles.

Effectivement, nous devons nous cantonner au rôle du pauvre petit handicapé miséreux. Oui, nous ne sommes rien d’autre que de assistés,  qualifiés de « courageux » ou d' »inspirants » alors que nous n’accomplissons rien d’extraordinaire.

Contrairement à ce que pensent ces personnes paternalistes œuvrant dans des associations (pour se donner bonne conscience ?), nous, personnes en situation de handicap (mais également toutes les autres personnes considérées comme vulnérables), sommes pleines de ressources. Nous apportons à la société si on nous en donne les moyens. Chers lecteur ou lectrice concerné(e) par cette paternalistite aiguë, cessez de nous considérer comme des citoyens de seconde zone et donnez-nous les moyens de nous accomplir.

 

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