Libérée, délivrée (enfin, presque).

par lydieraer


Le 9 février dernier, j’ai enfin eu en ma possession mon véhicule. Bien que les premiers jours étaient laborieux (cela faisait quatre années que je n’avais pas conduit…je ne savais plus faire un créneau !), je commence enfin à savourer le fait de pouvoir me rendre où je veux, quand je veux. Enfin, presque. Disons que l’obtention de mon véhicule m’a révélé que de nombreux conducteurs valides se garent de manière indue sur les places de parking destinées aux personnes à mobilité réduite (le SCOOP quoi !). Il m’arrive donc parfois de rencontrer des difficultés pour me garer sur des places assez larges, qui me permettent de sortir mon fauteuil roulant du véhicule. En même temps, ce serait trop facile, n’est-ce pas, de ne pas continuer à galérer un petit peu ?

Bref, j’écris ce billet afin de remercier les personnes qui ont participé au financement de l’adaptation de mon véhicule, le cercle d’accélération et le frein installés au volant. En effet, ma voiture a réellement amélioré ma qualité de vie. Je n’ai plus à attendre dans le froid les bus, je n’ai plus à monter des côtes raides en fauteuil roulant, je n’ai plus à craindre d’être écrabouillée par des passagers dans le bus… En plus de la fatigue physique, je commençais à devenir désagréable, aigrie. Je ne supportais d’être considérée comme une moins que rien. Oui, les personnes à mobilité réduite ne sont pas reconnues comme des citoyens à part entière lorsque l’accès aux transports en commun n’est pas garanti. Les personnes en situation de handicap ne sont pas respectées lorsque des imbéciles rechignent à les laisser s’installer aux « emplacements PMR » ou bien à s’asseoir sur des sièges (je connais personnellement beaucoup de personnes ayant un handicap invisible qui renoncent à demander à ce que l’on leur libère une place assise, en sortant leur carte d’invalidité, par crainte d’être jugées, mal considérées). Ainsi, peu de temps avant d’obtenir mon carrosse, j’ai failli faire un vol plané car des passagers installés dans l’emplacement dédié aux personnes à mobilité réduite ont refusé de me laisser la place.

C’est moralement épuisant de ne pas être respectée. Parfois, on se demande si l’on a bien entendu, si l’on ne rêve pas.

Heureusement, pour adoucir ce monde de brutes, il existe de belles personnes, de belles rencontres. Par ce billet, je remercie bien évidemment les personnes qui m’ont  matériellement permis d’acquérir ma voiture mais également celles qui se sont montrées bienveillantes, encourageantes ces derniers temps avec moi.

Je suis probablement trop sensible mais je dois admettre que ma recherche, infructueuse, d’emploi m’a, en plus de mes anciens soucis de mobilité, profondément abattue. Entre le manque d’expérience professionnelle due à ma situation de jeune diplômée et le fait que je sois un « travailleur handicapé », je peinais à trouver un job dans mon secteur, c’est-à-dire de cadre dans le médico-social (et de préférence dans le domaine des personnes en situation de handicap). Lors de mon premier entretien pour un job en adéquation avec mon diplôme, on m’a proposé un emploi différent de celui pour lequel j’avais été convoquée (et bien évidemment moins intéressant, moins rémunéré) par manque d’accessibilité d’un bâtiment. Alors que je préparais bien mes entretiens, ma candidature n’était jamais retenue car d’autres candidats étaient meilleurs que moi,  connaissaient mieux le secteur du handicap que moi (j’ai vraiment rigolé jaune en écoutant cet argument, sachant que mon militantisme dérangeant avait été évoqué lors de mon entretien !). Je me demandais vraiment pourquoi je m’étais embêtée à obtenir un bac + 5 (un master 2 de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique tout de même !). J’avais le sentiment que les personnes handicapées, et ben, on en veut bien pour participer bénévolement à des actions, à des conférences, pour témoigner. Comment ça ? Les traiter comme des professionnels, des collaborateurs rémunérés, des cadres ? Ben non voyons, ils ont déjà l’AAH. Ils peuvent travailler gratuitement. Le bénévolat, ça les occupe.

Heureusement que ce monde est composé de personnes tolérantes, humanistes qui ne se laissent pas aller aux préjugés. Grâce à ces individus, des personnes comme moi ne deviennent pas amères et peuvent exploiter leurs aptitudes, leurs compétences, devenir autonomes. Ainsi, le mois dernier, j’ai pu commencer une mission de service civique qui a un sens. Je suis enfin considérée comme un collaboratrice à part entière et non comme un faire-valoir.

Merci à vous qui me permettez de devenir autonome.

 

 

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