Qu’est-ce qu’ils sont aigris, ces handicapés !

par lydieraer


Hier, je sors dépitée d’une initiation à la danse. Pour résumer, on devait apprendre le début d’une chorégraphie datant de 1930. Une fois l’initiation terminée, le professeur proposait aux participants motivés d’apprendre entièrement la pièce afin de l’exécuter dans plusieurs mois dans le cadre d’un festival de danse.

Le chorégraphe m’avait dit que je ne pouvais pas continuer le projet à cause de mon fauteuil, que cela demanderait une adaptation de la chorégraphie « uniquement pour des handicapés »…bref, je ne veux pas polémiquer là-dessus car le manque du tolérance des gens me fatigue. Après tout, cela est de ma faute. Je devrais éviter de me pointer sans prévenir en mode « je viens comme je suis » à un événement culturel « ouvert à tous ».

venez comme vous êtes

Je marche, enfin je roule dans la rue et tout d’un coup, un homme, âgé d’une cinquantaine d’années m’apostrophe :

 » C’est rouge ».

Non, ce n’est pas une fuite menstruelle. De toute façon, l’avantage avec le fauteuil roulant, c’est que cela ne se voit pas. On est assis. On peut se tâcher sans subir l’opprobre des passants. C’est pareil pour les mains aux fesses. J’ai la paix.

Je reviens à mon quinqua et vous dresse rapidement le contexte.

Je suis proche du centre-ville, de mauvaise humeur et je m’apprête à traverser la route sur un passage piéton. Le feu est rouge pour les piétons. Cependant, on est dimanche. Peu de voitures circulent. Voyant que la voie est libre, je m’apprête à traverser. Et là, cet inconnu m’interpelle et me dit que le feu est rouge.

Si j’étais aveugle, je pense que cela se verrait. Je foncerais dans des endroits inopportuns avec mon char d’assaut (enfin, je n’ai pas besoin d’être aveugle pour me prendre des poteaux). Ce serait un peu dangereux. Quoique, cela doit bien exister, des aveugles se déplaçant en fauteuil roulant. Mais comment font-ils ? Ils ne peuvent pas tenir de canne blanche. Enfin, cela doit être un tantinet compliqué. Peut-être ont-ils un chien guide ? Bref, je m’éloigne.

Je ne suis pas aveugle mais une jeune femme sur roulettes de mauvaise humeur. La remarque de cette personne dédouble ma morosité car j’ai l’impression que cette dernière me considère comme un enfant. Vous savez, on dit souvent aux enfants de ne pas traverser le passage piéton lorsque le feu est rouge.

Ce n’est pas la première fois que je suis infantilisée. D’habitude, je me tais ou je fais une blague. Mais là, je n’étais vraiment pas d’humeur. C’était la remarque de trop.

Je traverse quand je veux, connard.

C’est sorti tout seul. J’imagine que j’ai entaché l’image des personnes en situation de handicap pour un certain moment dans l’esprit de cet homme. Vous savez, les gens ont tendance à faire des généralités. Il suffit qu’ils rencontrent une personne appartenant à une catégorie d’individus ayant un comportement inapproprié pour qu’ils généralisent ladite catégorie.

Ces handicapés, qu’est-ce qu’ils sont aigris !

 

Advertisements