Le « fauteuil-pot-sur roulettes » ou comment être glamour à la piscine !

par porte-jarretelles@wheelchair


On est d’accord. On ne va pas à la piscine pour être séduisant(e), sous son meilleur jour. Entre le bonnet de bain, les lunettes de piscine, et éventuellement le pince-nez (ce qui est mon cas), notre sex-appeal en prend un sacré coup. Peu importe, on va à la piscine afin de nager, de se détendre. On y prend du temps pour soi.

L’eau est le milieu dans lequel je me sens le mieux. Mon corps n’y est plus un poids, je m’y sens libre. Un vrai poisson. Après mes huit années de compétition de natation en Handisport, je continue de fréquenter assidûment les bassins. J’en ai besoin.

Pendant mes « années Handisport » et mes entraînements à Rennes, j’ai rarement rencontré des difficultés lorsque je me rendais à la piscine (seulement parfois à propos des cabines de déshabillage et d’habillage PMR pas toujours disponibles car occupées par des personnes valides).

Une seule fois, il m’est arrivé d’avoir une conversation mouvementée avec un agent municipal qui demandait à ce que je me transfère dans un fauteuil de piscine, prévu à cet effet, pour des raisons d’hygiène.

J’entends cet argument, néanmoins, ces fauteuils roulants de piscine ne sont pas adaptés à ma morphologie (ils sont énormes et je suis un mini format) et très difficiles à manier. Je risque ainsi de tomber (et donc de me fracturer quelque chose avec mon ostéogénèse imparfaite) soit en me transférant du fait de la hauteur de ces fauteuils de piscine, soit en avançant tout simplement car mes mains atteignent difficilement les grandes roues (je dois donc me mettre sur le bord du siège pour pouvoir avancer). Bref, une vraie galère. Je mets autant de temps à me transférer, à me changer, et à me doucher qu’à nager. La piscine étant un moment de détente, je refuse que ce dernier se transforme en un énième parcours du combattant.

Je reviens à mes moutons…à ma discussion avec l’agent municipal de la ville de Rennes, où ce dernier me proposait de me porter, de me pousser… J’ai refusé car d’une part je ne me laisse plus porter par des inconnu(e)s car je crains toujours une éventuelle fracture et d’autre part, je tiens à mon autonomie ainsi qu’à mon intimité. En cinq minutes, j’ai eu gain de cause et j’ai pu aller nager tranquillement.

Depuis deux mois, j’ai aménagé en Île-de-France avec mon conjoint. Qui dit déménagement dit nouvelles piscines ! Il y a un mois de cela, j’ai souhaité découvrir la piscine la plus proche de chez nous. Manque de chance, elle n’est pas accessible ! Des marches à l’entrée et aucun autre moyen d’accès.

Étant vraiment motivée pour nager, j’ai jeté mon dévolu sur une autre piscine, située dans la commune où a été construit le premier supermarché Carrefour de France (j’ai décidé de leur faire un peu de pub), située en Essonne.

Bonne nouvelle pour moi, l’entrée est gratuite pour les personnes en situation de handicap bénéficiant de l’AAH. Néanmoins, lorsqu’il y a une gratuité, il y a souvent quelque chose de suspect… Ici, interdiction d’accéder au bord du bassin avec mon propre fauteuil. Venant tout juste d’arriver dans la région, je ne voulais pas trop polémiquer. Enfin, pas tout de suite.

Lorsqu’un agent de la piscine me montre le fauteuil, que j’appellerai le « fauteuil-poussette » car muni de quatre petites roues, comme sur une poussette, j’affiche une mine déconfite. Avec ce genre de fauteuil, il m’est impossible d’avancer par moi-même car mes bras ne font pas deux mètres de long. Je leur dis que cela n’est pas possible. Je refuse d’être poussée par des inconnu(e)s de la cabine d’essayage, jusqu’à la douche, puis jusqu’au WC pour ensuite aller auprès du bassin. Je tiens à mon autonomie et à mon intimité.

Ne se laissant pas découragés, les coquins me montrent un autre fauteuil de piscine, que je nommerais cette fois le « fauteuil pot ». Admirez le carrosse…

image fauteuil pot

Évidemment, je peux (difficilement) avancer avec ce tank car il est muni de grandes roues, comme sur un fauteuil roulant ordinaire. Néanmoins, je ne tiens pas forcément à me trimbaler dans la piscine avec le sentiment d’être assise sur un pot, avec mes fesses pendouillant dans le vide.

Après la poussette, le pot… Je crois que j’ai compris le message. Pas vous ?

Hormis le côté dangereux et inesthétique de ce fauteuil-pot de piscine, je trouve que cet objet atteint notre dignité. Certes, on ressemble tou(te)s à « pas grand chose » dans une piscine mais cela me dérange au niveau de la symbolique. Les personnes ayant acheté ce fauteuil ne se sont pas mises à la place d’une personne en situation de handicap. Aimeraient-elle se déplacer, à la vue de tou(te)s sur une chaise roulante avec les fesses qui pointent vers le bas (ce qui est mon cas car j’ai un petit postérieur) ? Aimeraient-elle devoir être dépendantes d’un(e) inconnu(e) pour ses transferts, dans une situation de vulnérabilité (en maillot de bain) alors que cette dépendance est évitable ? Je ne pense pas.

Pour ma part, cela me dérange. De nature pudique, cette situation m’est vraiment inconfortable.

Sérieusement, ils font comment les nageurs paralympiques lors des compétitions ? Vous imaginez David Smétanine en train de se déplacer sur le bord du bassin sur un fauteuil avec les fesses pendantes de manière disgracieuse avant une course ? Je ne connais pas l’état de son postérieur, mais je pense qu’aucun fessier n’est valorisé sur ce genre de fauteuil… En plus, c’est le coup qu’il reste coincé dedans avant le départ de la course.

Pour ma part, je vais chercher une autre piscine où ma chariotte est acceptée.

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