BIM !

par porte-jarretelles@wheelchair


Parfois, je me dis :

Damned ! Retour à la case départ. Il ou elle n’a pas compris !

La première fois où j’ai ressenti cela, c’était lorsque la fille d’un enseignant (j’éprouvais énormément de sympathie à leur égard) m’a demandé : 

Dis, ton cerveau, il est proportionnel à ta taille ?

Pour résumer, cette gamine m’avait fait part de l’interrogation de son père, c’est-à-dire que ce dernier se demandait si mon développement intellectuel était aussi bas que ma taille.

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J’ai vraiment eu l’impression de me prendre un poteau en pleine figure.

J’étais en classe de terminale. Ce prof m’avait suivi pendant tout mon collège et lycée. Je ne pouvais pas comprendre pourquoi une personne qui m’avait côtoyée autant d’années pensait une telle chose à mon propos.

J’étais gauche, peu sûre de moi. Je me suis donc demandé si ce n’était pas mon comportement pataud et mon attitude rêveuse qui pouvaient donner à penser que j’étais « simple d’esprit ».

 

 

Aujourd’hui, une personne qui j’apprécie énormément et que je connais depuis quelques mois m’a demandé si mon compagnon était lui aussi en fauteuil.

Je sais très bien que le dessein de cette personne, qui me semble avoir beaucoup d’empathie et de bienveillance, n’était pas de me blesser. Mais c’est la deuxième fois en un mois que l’on me pose cette question !

Demande-t-on à une personne à la peau noire si elle fréquente une personne ayant la même couleur de peau ? (Un peu raciste non ?)

Demande-t-on à un roux s’il est marié à une rousse (ou un roux) ?

Pourquoi pose-t-on cette question aux personnes en situation de handicap ?

Ayant un père en situation de handicap et une mère valide, je ne comprends jamais cette manie de ces personnes à vouloir nous, les freaks, nous caser ensemble.

Ainsi, il y a quelques mois de cela, je dînais avec un très bon ami, qui se déplace en fauteuil roulant.

Il faisait beau, nous étions attablés en terrasse, mangions indien et nous racontions nos potins respectifs. Tout à d’un coup, un jeune homme passe derrière moi et jette un clin d’œil complice à mon ami M., qui signifiait probablement :

Hey mon pote, t’as réussi à pécho une meuf comme toi !

C’est dingue ! Dès que cet ami et moi déambulons ensemble dans la rue, les passants nous regardent avec un sourire béat.

Oh, ils sont trop mignons ces deux amoureux !

Nous prenons le parti d’en rire et cela ne gâche jamais nos moments passés ensemble.

 

Il y a quelques mois, l’été dernier, mon compagnon et moi avons assisté à un mariage. Le champagne et le vin coulaient à flots. Bref, en fin de soirée, j’étais dans de bonnes dispositions pour danser n’importe comment, à l’instar des autres invités.

Quelques jours plus tard, un membre de la famille de mon copain m’a fait part de l’admiration qu’avait eu à mon égard une personne qui était à ce mariage. Cela était formidable, hors du commun que je danse, que je souris, que je m’amuse.

Alors que la famille de mon conjoint a énormément d’exigences à l’égard de ce dernier qui a, certes, un parcours scolaire et universitaire plutôt balèze (bac à 16 ans, Sciences Po, agrégation à 22 ans), on me félicite parce que je fais des moulinets avec mes bras complètement pompette à un mariage ?

Certes, je n’ai pas fait Science Po, mais j’ai tout de même un bac +5 en droit (alors que beaucoup de personnes m’avaient dit « Tu verras, c’est difficile le droit. Tu devrais faire de la compta ou du secrétariat »).

Je souhaiterais que l’on cesse de me féliciter lorsque je fais l’idiote, rigole et que l’on ait les mêmes attentes à mon égard que pour mon mec valide.

Je voudrais que l’on cesse de penser qu’une personne handicapée ne peut provoquer du désir, de l’amour uniquement chez une autre personnes handicapée. Vous craignez la contagion ?

 

 

 

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