Séance de sport chez un médecin agréé

par porte-jarretelles@wheelchair


Hier, je me suis rendue chez un médecin agréé pour obtenir un certificat médical afin que je puisse m’inscrire à un concours de la fonction publique.

Alors que la température avoisine les 28 degrés et que j’ai une journée de travail dans les jambes, je m’aperçois très rapidement qu’il n’y a pas de places de stationnement destinées à la patientèle ni de places GIG GIC proches du cabinet. Je commence à m’énerver (comme souvent, lorsque je conduis en région parisienne).

Digression numéro une : Je n’arrive vraiment pas à m’adapter à l’agressivité des conducteur(rice)s francilien(ne)s… Les coups de klaxons, les voitures qui me collent à l’arrière lorsque je conduis à 50km/h en ville et à 30km/h dans une zone 30, les conducteurs qui accélèrent pour ne pas me laisser m’insérer dans une file… Je m’amuse toujours de voir la mine surprise des piétons que je laisse traverser et des conducteurs que je laisse s’engager dans la file devant moi. J’espère que la vie parisienne ne va pas modifier ma courtoisie de provinciale.

Je m’égare…

Au bout de quinze minutes, je parviens à me garer à 300 mètres du cabinet. Sortant du côté où les véhicules circulent, je m’extraie péniblement en veillant à ne pas me faire écrabouiller et prends mon (nouveau) fauteuil roulant dans mon coffre.

Digression numéro deux : Depuis que j’habite en Île-de-France, mon nouveau sport consiste à éviter de me faire écraser par des automobilistes lorsque je traverse un passage pour piétons ou bien lorsque je circule sur la chaussée en fauteuil roulant, faute de trottoirs accessibles (les voitures apprécient particulièrement se garer sur les trottoirs, dans ma ville de banlieue, où je n’habite plus pour très longtemps !).

Revenons à nos moutons… Me voilà sortie de mon véhicule et assise sur mon fauteuil roulant.

On the road !

Le trottoir penche sur la gauche, les abaissements de trottoir situés au niveau des passages pour piétons penchent à la fois vers l’avant et vers le côté gauche. Je dois donc équilibrer mon fauteuil en avançant avec mes pieds. Toute une technique.

Cela est sportif ! En même temps, il faut bien que je compense ma quasi absence de pratique sportive (la piscine située à côté de chez moi n’est pas accessible). Voyons le bon côté des choses !

J’arrive enfin devant le cabinet et …

Cabinet médecin agréé

Des marches !

Quatre marches à l’extérieur (et une pente très raide !). Une fois entrée dans le hall d’entrée, encore quatre marches (et une pente tout aussi brute et qui glisse car en carrelage !).

Mode « McGyver » activé ! Je sors de mon fauteuil roulant (non, je ne suis pas allée à Lourdes !) et pousse, à pieds, ce dernier sur la pente abrupte. Pour le retour, afin de ne pas glisser vers l’avant, je devrai passer par les marches, et m’accrocher à la rambarde de la main gauche et tenir une poignée de mon fauteuil roulant par la main droite.

Une fois parvenue devant l’ascenseur, un riverain ouvre brusquement la porte (le charme des ascenseurs anciens…) qui butte sur les reposes-pieds de mon NOUVEAU fauteuil roulant (qui coûte 2 900 €, dont seulement 700 € pris en charge pas la Sécurité sociale…je ne tiens pas à l’abimer tout de suite).

Après avoir attendu quinze minutes devant la porte du cabinet, le médecin arrive et affiche une mine grave :

Vous n’allez pas pouvoir rentrer dans mon cabinet, votre fauteuil roulant ne va pas passer.

Légèrement agacée, je lui réponds :

Si si, il va passer ! Après toutes mes péripéties pour arriver jusqu’ici, il va passer !

Mon interlocuteur ne me demande pas comment j’ai pu accéder à son cabinet. Il ne s’explique pas non plus sur l’inaccessibilité du lieu alors que son nom est inscrit sur la liste des médecins agréés du département, tenue par l’Agence Régionale de Santé.

Je trouve déjà assez fort de café que les lieux où consultent les professionnels de santé ne soient pas tous accessibles car cela met à mal le principe de libre choix du médecin. Je considère cela scandaleux qu’un médecin agréé, qui est donc destiné à recevoir des patients en situation de handicap, n’ait pas un local accessible. L’accessibilité des locaux ne devrait-elle pas être une condition à l’inscription des noms des médecins agréés sur la liste tenue par l’Agence Régionale de Santé ? Si quelqu’un de l’ARS lit ce billet…on ne sait jamais…

Alors que l’article 18 du projet de loi ELAN, présenté le 4 avril dernier par le gouvernement, constitue une marche arrière en matière d’accessibilité du bâti pour les personnes à mobilité réduite (ce dernier prévoit en effet que seulement 10% des logements neufs devront être accessibles contre les 100% de logements neufs accessibles prévus par les lois des 30 juin 1975 et 5 février 2005 !), j’ai vraiment l’impression d’être une citoyenne de seconde zone. Alors que le handicap était sensé être « une priorité du quinquennat » (personnellement, je n’étais pas dupe car je ne vois pas comment une politique néo-libérale peut être compatible avec le respect des droits des individus marginalisés…), ce projet de loi va davantage mettre les personnes handicapées hors de la Cité. Sans accessibilité de tous les cabinets médicaux, pas de droit au libre choix du médecin. Sans accessibilité des entreprises, pas de droit au travail (proclamé par 23 de la Déclaration des Nations unies de 1948) et pas de « droit d’obtenir un emploi » (rappelé par le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, lequel figure dans le préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 et donc dans le bloc de constitutionnalité). Sans accessibilité des commerces, des restaurants, des bars, des boîtes, des logements…pas de vie sociale. Cela commence à bien faire.

Au moins,  cette consultation m’aura permis de faire ma séance de kinésithérapie. Allez, il faut que je me remette sérieusement au sport. Enfin, un vrai sport quoi.

 

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