Les Gay Games…en tango sur roulettes !

par porte-jarretelles@wheelchair


Je commence à ressentir une petite boule au creux de mon ventre.

Demain soir, je vais participer à un cours de Tribal Fusion, à Paris. Avec une nouvelle prof de danse. Bien que cette dernière me semble très sympathique, je ne suis pas certaine de retrouver cette atmosphère bienveillante, cette sororité qui imprégnait les cours que je prenais à Rennes. En effet, au bout de deux ans, j’ai réussi à me fondre dans la masse. J’étais à ma place à l’instar des autres élèves.

Demain, comme il s’agit d’un cours destiné aux danseurs valides, j’ai peur de me faire remarquer. Je devrais avoir l’habitude de cela. De toute manière, un fauteuil roulant, ça tape à l’œil. Je risque donc de me sentir en « terrain miné ». Un curieux mélange de crainte de susciter de la pitié mais aussi de me retrouver en difficulté. Dans un cours de danse destiné aux valides, le fait de devoir adapter les mouvements à mes incapacités physiques m’empêche de lâcher prise. Je ne prends pas mon pied au premier cours.

Pourquoi je vous parle de Tribal Fusion alors que le titre de ce billet mentionne le tango et les Gay Games ?

En mai dernier, j’ai lu une annonce sur la page Facebook de la compagnie Paris handidanse qui recherchait une danseuse afin de participer aux 10e Gay Games, dans la catégorie « Handidanse ».

Je me suis dit que c’était l’occasion de danser à nouveau et surtout, de découvrir une nouvelle danse. Le tango sur roulettes !

Cette classe de danse est spécialisée en handidanse. Le prof, Yannick, est effectivement formé pour enseigner aux personnes en fauteuil roulant à danser. Il apprend également aux personnes valides à danser avec des personnes en fauteuil roulant. De la danse inclusive.

En attendant d’avoir une société inclusive, faisons de la danse inclusive !

C’est donc un endroit où je ne me suis pas dit, pendant le cours :

« Suis-je bien à ma place ? »

ou bien,

« C’est bon, je ne suis pas ridicule. J’espère que personne ne me regarde ».

Je l’admets, il est parfois plaisant d’être dans un endroit « handifriendly ».

C’était la première fois que je dansais avec un partenaire. Enfin, que je dansais « sérieusement » avec quelqu’un (pas dans une soirée complètement pompette et de manière peu élégante !).

Nous avions deux mois pour préparer ces Gay Games en danse sportive dans la catégorie « Handidanse ». Nous avons plutôt bien relevé le défi, comme vous pouvez en juger en visionnant la vidéo ci-dessous (qui a été prise à l’occasion d’une milonga, lors des Gay Games, et non le jour de la compétition) :

Vidéo démonstration tango roulant

Bien que nous ayons été classés quatrième (sur cinq), car nous avons dansé du tango et que les autres concurrents faisaient de la danse sportive (qui peut paraître plus impressionnante techniquement), cette expérience m’a énormément plu !

Lors de notre passage au Gay Games, j’étais tellement submergée par mes émotions que je n’ai pas eu l’occasion d’avoir peur, d’angoisser. J’ai vécu l’instant présent.

À l’instar du Tribal Fusion, je pense sincèrement que le tango, en handidanse ou non, peut aider les personnes à se reconnecter à leur corps, mais également à faire confiance à autrui. Dans ce monde gris, aseptisé et plutôt violent, il est tellement agréable de vivre une parenthèse de douceur, de complicité et de sensualité.

Je remercie infiniment Yannick, qui a été mon partenaire lors de ces Gay Games et qui, surtout, enseigne le tango roulant. Il a su être patient, me mettre en confiance et être créatif et efficace (pour m’apprendre les bases du tango roulant et créer une chorégraphie en deux mois). Du fait de mon enfance, de mon éducation, je n’aurais pas pu danser avec un homme avec qui je ne me sentais pas en sécurité. Encore merci.

Si vous êtes parisiens, sur roulettes ou non, venez rejoindre Yannick les mardis après-midi, à partir du 18 septembre, au centre d’animation Arras, dans le Ve arrondissement de Paris, de 15h à 16h30.

En attendant la reprise des cours de tango, demain, j’ai Tribal !

 

 

 

 

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