Séjour au Royaume-Uni : une occasion de tester l’accessibilité des transports sur roulettes.

par porte-jarretelles@wheelchair


Depuis un peu plus d’un an, j’habite en petite couronne parisienne. C’est chouette. Il y a énormément de lieux à découvrir (jardins, parcs, musées, lieux plus ou moins alternatifs, restaurants vegan friendly, bars…) et pléthore d’événements culturels (projections de films, pièces de théâtres, concerts, conférences…). Il n’y a pas de quoi s’ennuyer (même le dimanche !).

Bien que je rencontre toujours des difficultés à m’adapter au mode de vie francilien (pollution, embouteillages, incivilité, population dense, stress), pour le moment, j’aurais du mal à vivre ailleurs. Le fait qu’il y ait toujours quelque chose à faire me rassure. Je déteste le vide. Il faut que je sois constamment occupée (parfois, mon petit corps atteint d’ostéogénèse imparfaite éprouve des difficultés à suivre la cadence !).

Il y a un MAIS.

Les transports. Les déplacements lorsque l’on n’est pas valide.

Depuis que j’habite en petite couronne parisienne, je ne me déplace presque jamais sans ma voiture. Je souhaiterais me déplacer en transport en commun (pour qu’enfin ma pile de livres à lire diminue), limiter mon empreinte carbone, éviter le stress de la conduite parisienne.

Cependant, une seule ligne de métro (la ligne 14) est accessible. Et les rampes de bus…ne fonctionnent pas tout le temps. Je dirais une fois sur trois. Autant vous dire, que je ne peux pas compter sur la fiabilité des transports en commun.

Je les emprunte uniquement le week-end, lorsque je suis accompagnée par mon copain, par des ami.e.s ou de la famille, avec qui je peux activer le mode « McGyver » pour rentrer dans le bus sans rampe.

Les transports en commun de la RATP ne permettent pas aux personnes à mobilité réduite d’être autonomes.

Au mois de juillet dernier, mon cher et tendre et moi-même avons passé une semaine au Royaume-Uni (Édimbourg, Glasgow, St-Andrews et Londres). Nous avons réalisé tous nos déplacements en train (afin d’agir en accord avec nos convictions écolos). Ainsi, nous avons rejoint Londres depuis la gare du Nord (Paris) en Eurostar (où nous étions sur-classés en « Business standard » afin de disposer d’un emplacement suffisamment large pour le fauteuil roulant). Puis, nous avons emprunté un train de la LNER (London North Eastern Railway) pour arriver à Édimbourg, où nous logions six nuit chez Maureen et Gordon via AirBNB.

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Château d’Édimbourg, que nous avons pu visiter grâce à une « mobility car » qui accompagne les visiteurs à mobilité réduite en haut de l’ancien volcan sur lequel est implanté le château.

En France, j’éprouve souvent le sentiment de devoir m’excuser d’exister. J’ai l’impression d’être un boulet assisté. Ainsi, pour qu’un agent de la SNCF aide un usager à mobilité réduite à monter dans un train, ce dernier doit prévenir la compagnie ferroviaire au plus tard 48 heures avant le départ du train. Cela sous-entend qu’une personne à mobilité réduite ne peut pas emprunter un train à la dernière minute. Une personne valide peut sauter dans un train jusqu’à deux minutes avant le départ tandis qu’une personne en situation de handicap (qui a besoin d’assistance pour monter dans le train) doit anticiper son trajet 48 heures à l’avance. C’est de la discrimination.

Au Royaume-Uni, ce n’est pas le cas. Certes, tout ne doit pas être parfait, mais les mentalités vis-à-vis du handicap diffèrent par rapport à la France.

Dans le gare de King’s Cross (où se situe la voie 9 3/4 !), nous avons ainsi échangé avec l’agent de la LNER qui m’a aidée à monter dans le train pour Édimbourg. Nous lui avons expliqué la situation française, qu’il a trouvée choquante. Après nous avoir indiqué que si une telle chose se passait au Royaume-Uni, la compagnie serait directement attaquée en justice pour discrimination, il a ajouté que, de toute manière, personnellement, il ne pourrait pas ne pas aider un usager à monter dans le train.

Je me souviens de ses mots :

« It would break my heart. »

En France, il en faudrait beaucoup plus pour que le cœur des agents de la SNCF se brise (je pense notamment à ce jour où mon compagnon a dû m’aider à monter dans le train car j’avais acheté le billet la veille…l’agent de l’accueil réservé aux voyageurs à mobilité réduite s’en foutait royalement du fait que je doive me débrouiller toute seule pour monter dans le train, avec mon sac de voyage et mon fauteuil).

Au cours de notre séjour, nous avons ainsi pu nous rendre, respectivement, à Glasgow et St-Andrews par train (avec la compagnie ScotRail), en achetant le billet le jour même ! Nous nous présentions 15-20 minutes avant le départ du train et un agent nous rejoignait avec une rampe pour m’aider à rentrer dans le train.

Pour couronner le tout, je ne me suis jamais sentie infantilisée. Jamais, par exemple, un agent ferroviaire n’a poussé mon fauteuil roulant contre mon gré (ce qui arrive parfois dans les gares parisiennes).

Quel bonheur !

Je me suis sentie reconnue, libre de pouvoir me déplacer sans devoir m’excuser de ne pas avoir assez anticipé mes déplacements.

De plus, alors que la SNCF s’est vu condamnée à verser 5 000 € de dommages et intérêts à un étudiant toulousain en situation de handicap (qui s’était uriné dessus du fait de l’inaccessibilité des WC des trains de la SNCF), les toilettes des trois compagnies (Eurostar, LNER et ScotRail) sont assez grandes pour accueillir des voyageurs en fauteuil roulant électrique et un aidant.

Quant aux bus, nous ne les avons empruntés qu’une seule fois, pour faire la liaison Leuchars – Saint Andrews, où la rampe fonctionnait obligatoirement car manuelle (les bus berlinois sont également équipés de rampes manuelles, donc jamais de souci de rampe défaillante !). La RATP a-t-elle déjà envisagé cette option ? Certes, cela demande au chauffeur de sortir de son poste de conduite pour déployer la rampe. Néanmoins, qu’est-ce que cela représente à côté du fait qu’une partie de la population se trouve dans l’impossibilité de bénéficier de transports en commun fiables ?

Je vous rassure, je ne suis pas tombée amoureuse de l’Écosse uniquement pour ses transports en commun et la mentalité de ses habitants vis-à-vis du handicap (et le fait que l’on puisse manger vegan partout). Charmée par la culture et les paysages celtes, ces trois villes écossaises m’ont séduite, avec un véritable coup de cœur pour Glasgow, ville pas particulièrement belle de prime abord, mais non dénuée de charme et qui, forte de son passé industriel, s’est muée en une ville alternative, culturelle, où il émane une véritable âme. Une ville où il doit faire bon vivre.

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Musée de Kelvingrove, à Glasgow. 

Pour achever notre périple, nous avons passé une nuit et une journée à Londres. Et…nous avons emprunté le Tube ! Le plus vieux métro du monde, qui compte pourtant beaucoup plus de stations accessibles aux PMR (18 % de lignes accessibles contre 3 % à Paris).

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Un véritable coup de cœur pour ce marché londonien, où il y avait, notamment, de bonnes pâtisseries vegans !

Alors que les Jeux paralympiques approchent à grand pas, nous pouvons nous demander : c’est pour quand les transports en commun accessibles à tou.te.s ? Paris, tu n’as pas honte d’être LA capitale de la France et si peu accessible ? 

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