Re-la-ti-vi-sons


Aujourd’hui, j’achève mon sixième jour de confinement. Le fait de ne pas savoir quand cela se terminera me contrarie fortement. Ne pas pouvoir boire un verre avec des potes me manque. Je regrette de ne pas pouvoir me rendre quelque part, sur un coup de tête. Le fait de ne pas pouvoir sortir, à l’extérieur, décompresser m’oppresse. Je souffre de l’absence d’interactions sociales.

Néanmoins, j’essaie de relativiser. Je repense à ces moments, dans l’enfance, où je suis restée confinée à l’hôpital ou bien dans des centres de rééducation, à plusieurs reprises.

En effet, lorsque j’avais une fracture ou subissais une opération d’un de mes fémurs, je devais passer au moins un mois avec un plâtre pelvi-pédieux. Afin d’immobiliser ma jambe, j’avais un plâtre qui allait donc du bas de mes côtes jusqu’à mes orteils. Je ne pouvais donc pas m’asseoir pendant plus d’un mois et faire mes besoins dans un bassin de lit. Le paradis sur terre.

Ma dernière opération date de 2006. J’avais 14 ans. J’ai passé un mois et demi avec ce fichu plâtre (autant vous dire qu’à la fin, il ne sentait pas la rose !). Je me souviens à quel point mes petits camarades du collège me manquaient. Ma mère me manquait. Mon chien, Trésor, me manquait. Les cours de natation et d’accordéon me manquaient tout autant. Je rayais dans ma tête, au fur et à mesure, les journées qui s’écoulaient. De plus, de nature extrêmement pudique, je ne supportais pas d’être manipulée et torchée par des inconnues. Je n’étais pas autonome et j’avais le sentiment que mon corps ne m’appartenait plus.

Néanmoins, ces moments difficiles passés en centre de rééducation ont également eu leur pendant positif. J’y ai noué des relations très intenses, que ce soit avec des gamins comme moi (des jeunes atteints de la même pathologie, de la mucoviscidose, de la myopathie, des accidentés…) ou avec le personnel soignant (notamment mon super kiné Sam, avec qui je discutais beaucoup de musique). Comme nous en bavions tous, nous nous serrions les coudes (enfin, celles et ceux qui avaient leurs deux bras). De plus, nous vivions de réels moments de joie et d’insouciance. Ainsi, nous faisions le petit train avec nos fauteuils roulants, nous rendions les veilleuses de nuit complètement dingues (en refusant de rejoindre nos pénates à l’heure du coucher), nous écoutions le groupe allemand Tokyo Hotel (le droit à l’erreur ça vous dit quelque chose ?), qui résonnait très fort dans tout le service pédiatrique.

Dès que je retourne en Bretagne, j’essaie de me rendre dans ce centre de rééducation, situé dans le Finistère Nord, en « pèlerinage » (il y a pire comme lieu de pèlerinage que la presqu’île de Perharidy). Dans mon cerveau VHS, je rembobine ces moments, qui étaient certes très angoissants pour une enfant/adolescente, mais qui étaient aussi très chargés émotionnellement. J’en garde des souvenirs de solidarité, de fraternité. En y réfléchissant bien, l’aspect positif a pris le pas sur le négatif.

En retournant toute cette histoire de confinement dans ma tête, j’en arrive à la conclusion que nous sommes en train de vivre quelque chose de similaire. C’est une épreuve d’endurance et de solidarité.

Nous n’avons pas d’autre choix que de rester chez nous afin de protéger les plus fragiles d’entre nous. 80 % des personnes atteintes par le coronavirus, selon une pote travaillant dans le secteur de la santé, n’auraient aucun symptôme. Le souci est que ces personnes, appelées porteurs sains, peuvent transmettre le virus et éventuellement tuer des personnes n’ayant pas un système immunitaire aussi résistant qu’elles, ayant une faible capacité respiratoire ou que sais-je. Il est nécessaire de mettre de côté nos petits intérêts individuels pour sauver le maximum de vies possible. Utilisons la technologie et les réseaux sociaux pour s’écouter, se rassurer, pour prendre soin des autres à distance. Quand nous nous retrouverons, physiquement, nous pourrons à nouveau nous enlacer et mesurer le bonheur d’une vie libre.

Evidemment, c’est pénible de ne pas pouvoir faire du footing, du vélo, des virées entre ami.e.s, de plus pouvoir assister à des spectacles… Tout cela n’est que temporaire. Vous n’allez pas en mourir. Par contre, si vous sortez de chez vous, des personnes risquent de perdre la vie. Soyez responsables.

 

 

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